Grain de Sel ou Grain de Poivre ? du 15 janvier 2020 – Jean-Philippe Rouillier – Le Royaume-Uni et le Brexit

Grain de Sel ou Grain de Poivre ? du 15 janvier 2020 – Jean-Philippe Rouillier – Le Royaume-Uni et le Brexit
Grain de sel/poivre ?

 
 
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PHARE FM : Jean-Philippe Rouillier, vous enseignez l’histoire politique du monde anglo-saxon. Pouvez-vous nous expliquer à quoi l’on peut s’attendre au Royaume-Uni dans les prochains mois ?

CHRONIQUEUR : Il faut dire en premier lieu que le Royaume Uni n’a pas de constitution en tant que telle, mais une série de textes fondateurs qui donnent un cadre. C’est le Parlement qui est roi, si je peux me permettre ce jeu de mots.

PHARE FM : Car le roi ou la reine n’a pas vraiment de pouvoir politique n’est-ce pas?

CHRONIQUEUR : Absolument, hormis une visite annuelle au Parlement de Westminster pour l’ouverture officielle et très formelle de l’année parlementaire. Ce parlement regroupe 4 nations  unissant anglais, gallois, écossais et nord irlandais. D’où le tournoi des 6 nations, et non pas des 6 pays !
Contrairement à la France, qui a connu plusieurs référendums en 69 par exemple avec de Gaulle, il n’y a pas de tradition du vote populaire au Royaume Uni. Le peuple peut se prononcer, mais ce sont les représentants élus qui prennent les décisions. Or, si le Brexit a été voté par le peuple en juin 2016, le Parlement s’y opposait, et a toujours refusé de voter dans ce sens lorsque Theresa May était Première Ministre. 

PHARE FM : Elle a donc fini par démissionner.

CHRONIQUEUR : Tout à fait. Personne n’a oublié ses larmes en juillet 2019. Elle a alors été remplacée par Boris Johnson au sein d’un vote interne au parti Conservateur. Mais comme le parlement lui, ne changeait pas, Johnson a décidé d’organiser des élections anticipées pour récupérer une majorité acquise à sa cause.

PHARE FM : Il a donc gagné son pari le 12 décembre.

CHRONIQUEUR : Oui et non. D’un côté, il dispose à présent d’une solide majorité pour faire adopter le Brexit, qui sera voté sans aucun doute d’ici le 31 janvier. Mais d’un autre côté, il n’est pas le seul à avoir triomphé. Les Indépendantistes ont raflé la mise en Ecosse avec 80% des voies (48 sièges sur 59 pour l’Ecosse). Ils deviennent ainsi la 3ème force politique du pays, rien que ça ! Mais comme le dit son leader, la jeune et dynamique Nicola Sturgeon : « Boris Johnson a peut-être reçu un mandat pour faire sortir l’Angleterre de l’Union européenne. Il n’a aucun mandat de faire sortir l’Écosse de l’Union européenne. L’Écosse doit avoir le choix de son propre avenir. »

PHARE FM : On se dirige donc vers un second référendum pour l’indépendance de l’Ecosse.

CHRONIQUEUR : Absolument, sauf que Johnson n’en veut pas. En effet, les Ecossais rejettent le Brexit. En 2016, ils ont massivement voté contre la sortie de l’Union Européenne et ils se sentent aujourd’hui à l’étroit dans un royaume de plus en plus désuni et bientôt coupé de Bruxelles.
Il faut dire que l’Ecosse a besoin de l’autorisation de Westminster pour quitter le Royaume-Uni. Mais les indépendantistes entendent enfoncer le clou. La fibre de l’indépendance est donc toujours bien vivante en Ecosse et le Brexit n’est peut-être que l’arbre qui cache la forêt.