Thomas

L’évangéliste Luc raconte avec pas mal de détails ce qui se passe après la mise au tombeau de Jésus. Il parle des gardes, des femmes qui viennent au matin de Pâques, du tombeau vide, et de l’incrédulité des disciples — même lorsque les femmes relatent ce qu’elles ont vu et ce qu’elles n’ont pas vu. Il y a encore l’épisode des disciples d’Emmaüs et l’apparition de Jésus devant les siens, pourtant tous bien calfeutrés dans une maison. L’évangéliste Jean raconte aussi son lot d’informations, dont celle-ci : lorsque Jésus se présente vivant aux disciples, il y a deux absents sur les douze. Judas, et pour cause, puisqu’il s’est suicidé ; et il manque aussi à l’appel Thomas, celui qui a pour surnom « Didyme », ce qui veut dire « le jumeau ». J’avoue que j’aurais aimé savoir de qui il était le jumeau, et si son frère était au nombre des disciples, mais le mystère reste entier… et tant pis pour ma curiosité. Thomas est un disciple dont on ne parle pas beaucoup jusqu’à la résurrection. Cependant, quelques jours avant l’arrestation du Maître, il avait déjà donné son avis. Alors que plusieurs de ses collègues apôtres encourageaient Jésus à la prudence — aller à Jérusalem était risqué — et que Jésus répondait qu’il lui fallait y aller malgré le danger, Thomas s’était rangé du côté de son Maître : « Allons-y, avait-il dit, même s’il faut en mourir. » Plutôt téméraire, ce Thomas ! Mais voilà qu’au moment où Jésus réapparaît vivant devant les disciples, il n’est pas présent. Personne ne sait où il est. Lorsqu’il revient auprès de ses compagnons et que ceux-ci lui racontent ce qu’ils viennent de vivre avec le Vivant, il prononce une phrase devenue proverbiale. S’il n’avait pas souvent parlé jusque-là, il va dire une chose que l’humanité répétera jusqu’à la fin : « Je ne crois que ce que je vois. » Voilà quelqu’un de rationnel ! Pourtant, en trois ans, il en a vu des choses incroyables : des dizaines de guérisons, deux multiplications des pains et même la résurrection de plusieurs personnes. Il était donc prêt à croire l’impossible, surtout venant de l’Auteur de l’impossible. Mais que voulez-vous ? Nous sommes tellement formatés par l’ordinaire que l’extraordinaire demeure miraculeux, et souvent improbable. Manifestement, ce doute, Jésus est capable de le comprendre, même si parfois cela l’étonne. Aussi, alors que les onze sont à nouveau rassemblés, Jésus réapparaît et répond au scepticisme de Thomas : « Puisque tu avais besoin de preuves, Thomas, et bien me voici. Et pour que tu ne sois pas devant une illusion, mets ton doigt sur mes plaies et constate qu’elles sont bien réelles. » Alors, Thomas est confondu dans ses questions, ses doutes et ses défiances. Il tombe aux pieds du Maître et déclare : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Désormais, pour lui, il n’y a plus d’équivoque. Jésus est ressuscité, vraiment ressuscité. Il n’est plus seulement l’homme de Nazareth ; il n’est pas seulement Jésus, il est Seigneur et Dieu. Et même plus encore : son Seigneur et son Dieu. S’il était à deux doigts de douter, désormais, il a touché du doigt l’évidence.





