L’institution des diacres

La toute première Église de Jérusalem est en pleine explosion. Les apôtres ont le vent en poupe, et ce vent-là est particulier : c’est celui du Saint-Esprit. Chaque jour, il permet à l’assemblée d’accueillir de nouveaux membres. Cela devient énorme. Des milliers de personnes se convertissent alors que les autorités du Temple s’affolent. Ce qui pourrait être perçu comme un réveil religieux est reçu, du côté de l’Institution, comme une concurrence sérieuse.
Dans l’Église nouvelle, on vit un esprit de communauté sans précédent. Certains vendent tout pour une caisse commune qui devient une caisse de solidarité ; on organise le partage entre ceux qui n’ont rien et les autres. Tout cela dans une joyeuse fraternité… en tout cas, en apparence. Car voilà qu’au sein même de cette communauté, on commence à murmurer. Les murmures deviennent bientôt des plaintes qui remontent jusqu’aux apôtres. Il paraît que la répartition des dons et des services n’est pas équitable.
Le problème est le suivant : il y a à Jérusalem des Juifs du cru et des Juifs arrivant de la diaspora grecque. Certains parlent l’araméen, la langue locale, d’autres parlent le grec. Et voilà qu’on prétend que les Juifs d’origine grecque, et surtout les plus pauvres, les veuves, ne sont pas aussi bien prises en charge que les veuves d’origine locale. On ne dit pas que c’est du racisme, mais les « plus proches » semblent mieux servis. Est-ce un hasard ou est-ce délibéré ? En tout cas, il y a crispation.
Les douze apôtres convoquent l’assemblée pour s’expliquer. Eux reconnaissent qu’ils sont débordés. Ils ne peuvent plus gérer l’intendance, car ils veulent prioritairement consacrer leur temps à l’enseignement, en tant que témoins directs de Jésus-Christ. Il faut donc déléguer. Il faut trouver sept responsables qui auront la charge d’une intendance juste et efficace. Ils auront le rôle officiel de diacres. C’est un nouveau service qui s’organise, une tâche très pratique. Mais même pour cette mission « pratique au pratique », il faut choisir des personnes remplies de l’Esprit de Dieu autant que de l’esprit de service. Car pour pratiquer l’amour du prochain, il faut être rempli de l’amour de Dieu.
Tout le monde trouve l’idée excellente. On dresse une liste de sept personnes dont Luc prend le soin de citer les noms : Étienne, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas. On présente cette petite troupe aux apôtres et on organise une réunion spéciale. On prie pour eux, on leur impose les mains de façon très solennelle. C’est vraiment une célébration spirituelle pour des services manuels et des organisations matérielles. Cette action va éteindre un incendie qui couvait et qui aurait pu détruire de l’intérieur ce que l’Église était en train de vivre.
Les disciples ont agi promptement : ils ont pris en compte le problème, l’ont affronté et ont cherché des hommes compétents.
Quand on regarde la liste des noms, on note une chose manifeste : aucun nom n’est d’origine hébraïque. Ce sont essentiellement des noms grecs. On s’en souvient, ce sont les Grecs qui avaient signalé que leurs veuves étaient mal traitées. En choisissant des diacres d’origine grecque pour gérer la crise et maintenant la distribution, on ne pouvait plus courir aucun risque de favoritisme ! Que de sagesse !




