Le salut pour tous

L’un des épisodes centraux du livre des Actes est la rencontre entre l’apôtre Pierre et Corneille, centurion romain de son état. C’est une confrontation provoquée par Dieu lui-même, qui « sort le grand jeu » pour qu’elle puisse se produire.
À ce moment-là, Pierre est à Jaffa. Il reçoit une délégation de trois hommes venus de la maison de Corneille, à Césarée. Pierre d’un côté, et Corneille de l’autre, ont tous deux eu une vision qui les oblige à se rencontrer. Pierre se rend donc chez le Romain, mais un peu à reculons. Il le dira d’ailleurs d’emblée : normalement, un « bon juif » ne doit pas entrer dans la maison d’un non-juif.
Ce qui montre que Pierre n’est pas trop rassuré, c’est qu’il se fait accompagner de six compagnons. Ils seront là autant pour le défendre, si besoin, que pour témoigner et justifier que c’est un peu contraint qu’il répond à l’invitation.
Arrivé à Césarée, Corneille signale à Pierre que l’ange de l’Éternel lui a annoncé que l’apôtre avait des choses à dire pour son salut et celui de sa famille. Le centurion a tellement envie d’entendre ce qui peut venir de Dieu qu’il a organisé une petite réception pour ses amis déjà sympathisants. Devant ce public de Romains, Pierre se met à annoncer l’Évangile de Jésus-Christ.
C’est alors que le Saint-Esprit se manifeste et se répand sur chacun des invités. Pierre revit exactement ce qu’il a vécu des mois plus tôt à Jérusalem, le jour de la Pentecôte. L’apôtre comprend qu’il faut maintenant baptiser ces personnes qui adhèrent au message. Il reste ensuite chez Corneille quelques jours, sans doute tout heureux de ce dont il vient d’être témoin. Puis il rentre à Jérusalem
Là, l’accueil est plutôt glacial. La rumeur de ce qui s’est passé à Césarée a devancé Pierre. Les collègues apôtres lui demandent des comptes. Oui, ils osent demander des comptes au « patron » des apôtres : « Qu’as-tu fait ? Es-tu bien entré chez un non-circoncis ? As-tu mangé avec des personnes impures ? » Saint-Pierre doit se justifier !
Il est troublant de noter cette attitude quelque peu intégriste, pour ne pas dire raciste, de la part d’hommes qui ont été les disciples de Jésus durant trois ans. Il y a une chose qu’ils ont tous du mal à enregistrer, c’est la dimension universelle du salut. On peut lire les prophètes, se souvenir de la bénédiction d’Abraham qui doit atteindre toutes les nations, et entendre le Seigneur dire qu’il faut aller jusqu’aux extrémités de la terre… Mais eux, ils gardent le sentiment que Dieu n’est que pour eux !
L’expérience de Pierre est donc déterminante. Sous la plume de Luc, nous trouvons alors une troisième version du même événement. Pierre raconte par le menu ce qui s’est passé pour conclure : « Puisque Dieu leur a accordé le même don qu’à nous, qui étais-je, moi, pour m’opposer à Dieu ? »
Après ce long récit, les apôtres de Jérusalem se calment enfin et sont obligés de conclure : « C’est donc vrai, Dieu a donné aussi à ceux qui ne sont pas juifs la possibilité de changer et de recevoir la vraie vie. »
Ouf ! Il était temps.




