Le discours d’Athènes

L’apôtre Paul est invité à parler de sa foi à l’Aréopage d’Athènes. Nous sommes aux alentours de l’an 50 de notre ère. À cette époque, l’Aréopage est un lieu où se rassemblent des juges, des savants, des gens de lettres et des philosophes pour émettre leurs opinions, débattre et faire circuler les nouvelles tendances du monde des idées. On l’appelle ainsi car cette colline était dédiée au dieu Arès, le dieu de la guerre.
Paul est donc invité à s’exprimer. Ses interlocuteurs l’interrogent : « Pourrions-nous savoir quel est ce nouvel enseignement dont tu parles ? Tu nous fais entendre des choses étranges et nous aimerions bien savoir ce qu’elles signifient. » Le narrateur précise d’ailleurs l’ambiance dans laquelle ces échanges se déroulent : « tous les Athéniens et les étrangers qui vivaient parmi eux passaient leur temps uniquement à partager ou à écouter les dernières nouveautés. »
Pour Paul, l’occasion est trop belle pour ne pas en profiter. Avec beaucoup de sagesse et de pondération, il commence son discours par une forme de flatterie alors que, très certainement, il était irrité de voir tant de divinités se disputer la faveur des adeptes. Il introduit ainsi son message : « Je constate que vous êtes des gens extrêmement religieux. »
Il poursuit en faisant référence à un autel dont l’inscription est la suivante : « Au Dieu inconnu ». C’est un tremplin idéal pour l’apôtre : « Je viens vous parler de ce Dieu inconnu. » Il se lance alors dans la présentation d’un Dieu unique et créateur, signalant même que les poètes grecs en ont parlé. Il évoque ensuite le Fils de ce Dieu. Pour les Grecs, habitués à des dieux ayant femmes et enfants, cela n’a rien d’étonnant. Mais dès qu’il parle du Fils de Dieu mort et ressuscité, le public bloque. C’est une nouveauté “trop nouvelle”. En effet, l’idée d’une résurrection n’existe pas dans la culture grecque. C’est tellement vrai qu’il n’y a pas de terme grec spécifique pour désigner ce phénomène. C’est d’ailleurs pourquoi certaines traductions du grec du Nouveau Testament parlent plutôt de « réveil » ou de « relèvement » et non de résurrection, puisque dans le texte original, le concept tel que nous l’entendons n’existe pas. Le mot « résurrection » que nous utilisons en français vient du latin et non du grec. Pour les Grecs, un homme qui ressuscite pose problème, car ce n’est pas un concept envisagé.
À Athènes, les auditeurs de Paul l’interrompent. Ce n’est pas tant qu’ils refusent l’idée, mais il leur faut l’apprivoiser : « Nous t’écouterons parler de ce sujet une autre fois. » Autrement dit : il faut qu’on se fasse à cette idée trop nouvelle. Paul doit donc remettre à plus tard son développement, alors qu’il avait bien démarré son intervention. Il partait de ce que les Athéniens connaissaient pour les conduire progressivement vers l’inconnu.
Le succès n’est pas toujours au rendez-vous, même quand on a bien travaillé.




