Darius piégé

L’empire de Babylone vient d’être absorbé par l’empire des Mèdes et des Perses. On pourrait dire que l’Iran vient d’engloutir l’Irak, et la chose se passe au 6e siècle avant Jésus-Christ. Alors que tout est bouleversé, à Babylone, un homme reste constant depuis qu’il est arrivé comme déporté d’Israël ; Daniel. Daniel faisait partie de l’élite juive de Jérusalem lorsque la cité de David est tombée aux mains de Nébucadnetsar, roi de Babylone. Et depuis, Daniel a trouvé sa place au palais et dans la proximité des hommes de pouvoir. Tout cela sans renier sa foi en Dieu, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu d’Israël. Or, voilà qu’un grand bouleversement vient de s’opérer à Babylone : la dynastie royale est tombée et c’est le roi des Mèdes, Darius, qui règne désormais sur ce vaste empire. Il a mis en place une gouvernance par délégations et Daniel est un des hauts personnages régnant sur des provinces de Babylonie. Darius a une telle confiance en lui qu’il envisage de lui accorder les pleins pouvoirs sur le royaume occupé. Naturellement, cette promotion pour un ancien exilé, et pour un adorateur de l’Éternel là où on adore plutôt le roi et d’autres divinités, ne fait pas l’affaire de tous, et de nombreux gouverneurs voudraient discréditer le favori du roi pour, certainement, prendre sa place. Comme Daniel, dans sa mission politique, est intègre et droit, on ne trouve pas de cadavres dans les tiroirs, ni de dossiers compromettants. Alors, les jaloux pensent pouvoir piéger Daniel sur le plan religieux. Ils savent qui le prophète adore, Ils vont jouer sur ce tableau-là. Dans un premier temps, et insidieusement, ils persuadent le roi Darius que la dévotion du peuple doit lui revenir. Ils mettent en place un programme qui impose tout le monde d’adorer le roi telle une divinité, et de punir de mort tous ceux qui préféreraient se prosterner devant un autre humain, ou un autre Dieu. Le roi, qui sans doute est très flatté par une telle démarche, accepte le projet. Voilà l’étape numéro un. L’étape 2, c’est de proclamer cette nouvelle loi et surveiller ce que sera l’attitude de Daniel qui, jusqu’ici, et toujours parvenu à éviter les menaces et les accusations. Or, Daniel, dès qu’il est informé de cette obligation d’adorer le roi, se retire dans sa maison, évitant la surveillance au palais. Et là, il continue à prier son Dieu, trois fois par jour, en se tournant vers Jérusalem. Mais les espions sont partout et on fait rapidement un rapport aux gouverneurs jaloux qui s’empressent d’aller dénoncer Daniel à Darius. Là où le piège est évident, c’est lorsqu’on remarque de quelle façon ces hommes interpellent le roi : « Est-ce que tu n’as pas signé un décret qui stipule que toute personne qui adresserait une prière à quelqu’un d’autre qu’au roi, serait passible de mort, jeté dans une fosse aux lions ? » Darius ne peut que confirmer. Alors, on lui signale que Daniel ne respecte ni le roi ni ses décrets puisqu’il refuse de prier le roi. Darius mesure alors que le piège se referme sur lui, et il est attristé de s’être fait avoir, mais plus encore, il est inquiet pour Daniel qu’il estime beaucoup. Il cherche un moyen de sauver Daniel, mais ces accusateurs ont la dent longue et la jalousie cruelle. « Tes décrets sont irrévocables, ô roi ! Tu dois donc être cohérent avec ta propre parole ! » Parfois, ce ne sont pas ceux que l’on croit puissants qui ont le pouvoir.
(Daniel 6)




