L’invité du jour — Javier, pasteur à Cuba : Tenir bon malgré les menaces

À Cuba, être chrétien signifie souvent vivre sous surveillance et risquer des représailles. Alors que la crise économique frappe l’île, les églises se mobilisent pour aider la population, s’attirant parfois les foudres d’un régime qui voit d’un mauvais œil cette solidarité. Javier, pasteur depuis dix-sept ans à Cuba, témoigne des défis et de la foi des chrétiens cubains. Après la révolution cubaine de 1959, les relations entre le pouvoir et les communautés religieuses se sont fortement dégradées. Le gouvernement a cherché à imposer une vision de « l’homme neuf séparé de Dieu ». Dès 1965, ont été créées les UMAP (unités militaires pour l’aide à la production), des « camps de concentration où ont été réunis des chrétiens, des homosexuels et des voleurs. Ceux que le gouvernement considérait comme le pire de la société cubaine à ces moments-là », rapporte Javier, précisant que ce sujet « est toujours resté caché à cause de la honte qu’il entraîne ». Un consensus s’est ensuite établi : « si l’Église ne se manifestait pas contre le gouvernement, on la laissait tranquille ». Cependant, « lorsque l’Église fait ce qu’elle doit faire, là, ça ne plaît pas au gouvernement », explique le pasteur. Et ce que fait l’Église, c’est principalement « prêcher l’Évangile et aider les plus démunis ». Ces actions engendrent inévitablement des tensions, particulièrement exacerbées par la situation économique actuelle du pays. Cuba est aujourd’hui confrontée à des pénuries massives. « Il n’y a pas de médicaments, il n’y a pas de nourriture, il n’y a même pas d’électricité parfois », déplore Javier. Face à cette détresse, « l’Église s’est consacrée à aider non seulement les chrétiens, mais aussi l’ensemble de la population ». L’Église s’organise pour répondre à ces besoins urgents. « La Parole de Dieu, dans le livre des Actes, nous apprend que l’Église avait tout en commun », souligne Javier. Malgré des ressources locales limitées, les chrétiens cubains bénéficient de l’aide de « frères et sœurs d’autres pays » qui leur apportent « des médicaments et de la nourriture ». Javier insiste : « l’Église fait ce qu’elle doit faire, partager ce que l’on a avec les plus démunis ». C’est précisément cette générosité et cette solidarité qui irritent le régime. « Le gouvernement persécute l’Église parce qu’elle distribue toute cette aide alimentaire et d’autres choses qui proviennent de l’étranger », affirme Javier. Les pasteurs sont alors convoqués et menacés. « Le gouvernement essaie de garder cette image que lui seul aide le peuple. Lorsque quelqu’un d’autre le fait, ça le dérange ». Javier a lui-même été la cible de ces pressions. Des distributions de nourriture aux enfants, attirant de nombreuses personnes à l’Église, l’ont amené à être convoqué par la police. « Évidemment, la première fois que c’est arrivé, j’ai eu très peur. Parce que malheureusement dans un pays où on n’a pas des droits, tout peut arriver contre la personne qui s’oppose », confie-t-il. Plus encore, des intimidations indirectes ont été utilisées, visant sa famille. « Dans une des situations que j’ai pu vivre avec la police, ils ont voulu m’intimider en utilisant ma famille et en me disant de ne pas oublier que j’avais des filles en bas âge. Moi, en tant que père, en pensant à mes filles, bien évidemment, j’ai eu très peur ». Malgré ces épreuves, Javier et les chrétiens cubains continuent leur œuvre, animés par une foi profonde. « La Parole de Dieu nous rappelle que dans le monde, nous serons confrontés à la persécution. Nous le savons », explique Javier. Il reconnaît qu’il y a une différence entre « savoir » et « vivre » cette réalité. « Quand on est confronté à un gouvernement qui a le pouvoir de faire tout ce qu’il veut et de nous mettre en prison, on a besoin d’avoir une foi bien fondée en Jésus-Christ ». Pour Javier, son engagement est un privilège : « C’est un vrai privilège d’être choisi par Dieu pour mener ce ministère et ce travail. Et si Dieu a pensé à moi, c’est sûrement parce qu’Il voit quelque chose en moi que je ne vois pas ». S’appuyant sur l’assurance que « aucune arme contre son Église ne pourra lui faire du mal », le pasteur puise sa force dans l’espérance divine. « Les apôtres ont dit :”Seigneur, augmente ma foi parce qu’en dehors de toi, je ne peux rien faire”. J’essaie d’être comme eux », conclut Javier. Javier souligne l’importance du soutien international pour ces chrétiens, dont beaucoup ont été emprisonnés pour leur foi. « Nous avons besoin des frères et des sœurs qui comprennent qu’on a besoin de leur aide et leur soutien. Nous croyons fermement que Dieu est avec nous, mais Il l’est aussi au travers de nos frères et sœurs qui sont là pour nous soutenir ». En partenariat avec l’ONG Portes Ouvertes.Une tension persistante face à l’action de l’Église
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