L’invité du jour — Markus Hofer : La non-violence, un appel à l’action face aux conflits mondiaux

Alors que le monde est traversé par des tensions multiples, la non-violence se révèle comme un acte de résistance profond et une stratégie durable pour la paix. Markus Hofer, représentant accrédité de l’Alliance évangélique mondiale et de l’Armée du Salut international auprès de l’ONU, souligne son importance du niveau international aux interactions quotidiennes. Traditionnellement, de nombreux conflits ont trouvé leur résolution dans la confrontation. Pourtant, Markus Hofer invite à repenser notre approche de la violence. « La non-violence chrétienne n’est pas une naïveté, c’est une manière de prendre Jésus au sérieux », explique-t-il. Cette démarche ne promet pas la disparition de la violence, mais propose « une autre manière de répondre au mal, ne pas reproduire la logique de l’ennemi ». La paix est ainsi présentée comme un acte de résistance : « Résister à la peur, à la haine, à la vengeance, à la déshumanisation de l’autre ». Cette résistance s’appuie sur une espérance, celle de pouvoir agir pour la paix sans chercher à contrôler l’histoire par la force. Des personnalités comme Gandhi, Martin Luther King ou Nelson Mandela incarnent la non-violence. « Tous ces personnages-là nous montrent qu’une société peut résister à l’injustice sans reproduire la violence qu’elle combat », affirme Markus Hofer. Martin Luther King, en particulier, incarne une non-violence enracinée dans « l’amour de l’ennemi, dans la dignité de chaque personne créée à l’image de Dieu ». La non-violence n’est pas synonyme de passivité. Markus Hofer cite Dietrich Bonhoeffer pour rappeler que « la foi chrétienne ne consiste pas à rester spectateur face à l’injustice ». Elle demande « énormément de courage aussi, de résistance et de persévérance ». La résolution des conflits ne se limite pas au silence des armes ; elle nécessite la création de conditions pour que les communautés puissent à nouveau vivre ensemble. C’est ici que le rôle des communautés de foi est mis en avant par l’Alliance évangélique mondiale. « Elles sont présentes au cœur des sociétés, elles connaissent les réalités locales », ce qui leur permet de contribuer à la prévention, à la médiation et à la réconciliation. L’exemple de la République centrafricaine illustre ce propos, où des responsables chrétiens et musulmans ont collaboré au sein d’une plateforme interreligieuse pour la paix, refusant « que leurs communautés soient instrumentalisées par ceux qui voulaient les opposer ». La paix peut ainsi émerger de l’intérieur des communautés. Face aux conséquences dévastatrices des conflits, tels que les déplacements, traumatismes, pertes des proches, la première étape est de prendre en considération les victimes. Markus Hofer insiste sur la protection de leur dignité, l’accueil de leur souffrance et la cessation de la violence. S’ensuit un travail long et patient de guérison et de réconciliation, souvent guidé par la foi. « Un traumatisme non traité peut fragiliser les familles, les communautés, et contribuer à faire perdurer les conflits sur plusieurs générations », alerte-t-il, soulignant qu’une paix durable n’est pas seulement l’absence de guerre, mais la « construction des relations, de la confiance et de la dignité ». L’éducation est un pilier fondamental pour diffuser les valeurs de paix et de tolérance. « Si nous voulons une paix durable, il faut commencer bien avant que la violence n’éclate », affirme Markus Hofer. L’éducation doit enseigner la gestion des conflits, la résistance à la peur et à la propagande, et la recherche de solutions qui ne déshumanisent personne. Il y ajoute une dimension spirituelle, essentielle pour apprendre à regarder l’autre « non pas d’abord comme un ennemi, mais comme une personne créée à l’image de Dieu ». La non-violence ne se limite pas aux grandes crises. Dans nos vies quotidiennes, au sein de la famille ou au travail, les tensions peuvent être désamorcées par des gestes simples : « aimer son prochain, y compris celui avec qui je ne suis pas d’accord, refuser les paroles qui déshumanisent, pardonner, écouter et prier aussi pour ses ennemis ». La prière, dans cette optique, n’est pas une résignation, mais une « action » qui change notre regard, nous libère de la vengeance et nous confronte à nos peurs et désirs de justice. « Nous pouvons nous opposer fermement à l’injustice sans transformer celui qui la commet en objet de haine », conclut Markus Hofer. « Quand Jésus dit « Heureux ceux qui procurent la paix », c’est un vrai appel, c’est une vocation qu’on doit pratiquer aussi bien dans les sphères du plaidoyer international que dans nos sphères privées, familiales et de travail».Dépasser la logique de l’affrontement
Les figures inspirantes de la non-violence
Médiation et rôle des communautés de foi
Guérir les traumatismes et éduquer à la paix
La non-violence au quotidien : un appel personnel






