Paul est le Dieu inconnu

Nous sommes autour des années 50 de notre ère. L’apôtre Paul effectue son deuxième voyage missionnaire, un périple qui le conduit jusqu’à Athènes. À cette époque, si Rome est la maîtresse incontestée sur les plans politique et militaire, Athènes reste la capitale de la philosophie. Le grec est alors la langue la plus parlée du bassin méditerranéen. Paul, bien que Juif, est aussi citoyen romain et fortement imprégné de culture hellénistique, même si ses racines hébraïques prédominent. Être à Athènes, c’est être au cœur de l’intelligence et de la pensée de l’époque. Pourtant, pour l’apôtre, la découverte de la ville provoque un véritable choc. La cité est spirituelle jusqu’à la superstition : on y adore une multitude de divinités. Le mont Olympe est à portée de regard, et les temples, autels et sanctuaires surgissent à chaque coin de rue.
Un monument, en particulier, retient l’attention de Paul au fil de sa déambulation : un autel dédié au « Dieu inconnu ». En effet, les Athéniens, soucieux de ne s’attirer les foudres d’aucune divinité, avaient consacré ce monument aux dieux qu’ils auraient pu, par mégarde, oublier ou ignorer dans leur catalogue officiel.
Pour Paul, formaté par la notion juive d’un Dieu unique, ce « supermarché du religieux » est une abomination. Il se retient sans doute d’exploser. Comme à son habitude, il se rend dans les synagogues pour y rencontrer des croyants juifs et leur parler du Messie venu en la personne de Jésus de Nazareth. Mais il évoque aussi sa foi sur la place publique avec quiconque veut l’entendre. Cela tombe bien : à Athènes, on aime discuter. On palabre volontiers autour des dieux : Zeus, Athéna, Apollon, Artémis ou encore Dionysos.
En écoutant Paul parler de Jésus, les Athéniens sont intrigués. Curieux de nature et soucieux de ne manquer aucune nouveauté, ils l’invitent à exposer son enseignement. C’est ainsi que des philosophes le conduisent en un lieu où le public aime se retrouver pour scruter les « dernières nouvelles des cieux » : l’Aréopage.
Si certains auditeurs le traitent de « bavard » ou de « picoreur de mots », d’autres se montrent réellement curieux. Le défi est de taille, car Paul fait face à deux visions du monde opposées : les Épicuriens, portés sur le plaisir matériel, et les Stoïciens, prônant l’acceptation sereine du destin et la maîtrise de soi.
Comment Paul va-t-il se démarquer pour proposer, non pas une simple théorie intellectuelle, mais une relation personnelle avec le Dieu unique ? L’apôtre va devoir travailler sa communication. Son discours deviendra un modèle du genre. Aujourd’hui encore, sur la colline de l’Aréopage, une plaque de bronze rreprend les termes de son message. Paul exploite la curiosité des Grecs : « Ce Dieu que vous révérez sans le connaître, celui-là même que vous appelez “Dieu inconnu”, et bien… laissez-moi vous le présenter. »



