L’invitée du jour — Anne-Sixtine Pérardel : Pornographie, comprendre l’addiction et reconstruire l’intime

La consommation de pornographie, facilitée par l’omniprésence d’Internet, touche désormais un tiers des enfants dès 12 ans et une part significative de la population adulte. Au-delà de la simple exposition, cette problématique engendre des conséquences profondes sur l’individu et ses relations, soulevant la question de l’addiction et des voies de sortie. Anne-Sixtine Perardel, conseillère en vie affective et sexuelle, sexologue et thérapeute de couple, décrypte les mécanismes de l’addiction, ses répercussions et les chemins possibles vers la reconstruction. La pornographie, définie comme « une forme d’exhibition de l’intimité », a connu une diversification spectaculaire de ses supports. Si les vidéos restent le format le plus connu, « on a un phénomène qui prend une ampleur assez particulière ces dernières années parce que ça touche plein de domaines », explique Anne-Sixtine Perardel, citant les réseaux sociaux, la pornographie auditive ou même littéraire. L’addiction à la pornographie, qui touche malheureusement beaucoup de ceux ayant commencé jeunes, se manifeste par des signes caractéristiques des dépendances : tentatives infructueuses d’arrêt, pensées intrusives constantes et sensation de manque. Les conséquences de l’exposition à la pornographie sont nombreuses, aussi bien chez les jeunes que chez les adultes. Anne-Sixtine Perardel observe « une baisse d’empathie parce qu’on est confronté à des thèmes de violence dans la pornographie la plupart du temps ». S’ajoutent à cela « des attentes irréalistes vis-à-vis de la sexualité ou vis-à-vis du corps, beaucoup de complexes, un problème dans les relations, une hausse énorme de violences sexuelles, notamment chez les mineurs ». Pour les plus jeunes, la pornographie peut fausser la construction de leur vie affective et sexuelle. « Quand ils sont confrontés à la pornographie, cette construction de leur vie affective se fait avec des repères qui sont biaisés par la pornographie », alerte la sexologue. L’experte insiste sur la nature intrinsèquement problématique de la pornographie : « La pornographie, c’est un problème pour tout le monde. […] ça dénature la sexualité qui est faite pour l’intime, pour la relation personnelle avec quelqu’un. » Elle ajoute : « Quand on assiste à la sexualité des autres, on est dans une forme de voyeurisme. C’est impossible de faire du voyeurisme quelque chose de bien. » Une lueur d’espoir est apparue avec l’obligation, depuis 2025, pour les sites pornographiques de mettre en place une vérification de l’âge. Les premiers résultats sont encourageants, selon Anne-Sixtine Perardel, avec une baisse de 35% du temps passé par les douze à dix-sept ans sur ces plateformes. Elle qualifie ces blocages de « pas immense dans la protection de l’enfance », soulignant qu’ils protègent des jeunes « qui tombaient par hasard sur des contenus pornographiques, qui étaient blessés par hasard en tombant sur ce genre d’image. » Cependant, elle insiste sur une lacune majeure en France : la nécessité d’« avoir un discours clair sur la pornographie ». La pornographie constitue un véritable fléau de société, avec 37% des Français adultes déclarant en consommer en 2023, selon l’ARCOM. Derrière ces chiffres se trouvent des personnes souffrant d’une consommation devenue problématique, ainsi que leurs partenaires. Le premier pas vers la guérison est la prise de conscience et la demande d’aide. « Demander de l’aide, c’est le premier pas. Mais la première étape, c’est de prendre conscience qu’on a besoin d’aide », affirme la sexologue. Face à cette addiction particulière où « notre propre corps est en jeu » et « le corps est plus fort que la volonté », le recours à un tiers professionnel extérieur est crucial. Anne-Sixtine Perardel conseille de contacter des centres de soins de l’addiction (CSAPA) ou des professionnels spécialisés. Les partenaires de personnes addictes à la pornographie sont souvent des victimes collatérales, plongées dans une « forme de solitude immense » due au tabou. Elles vivent souvent « une forme d’infidélité numérique, une forme de trahison de leurs relations, qui les blessent profondément et qui blessent aussi le lien conjugal ». Les conséquences peuvent être visibles « dans le type de gestes qui peuvent être reproduits ou subis, d’attentes dans la sexualité ». Malgré les défis, la reconstruction est possible. « L’addiction demande un soin personnel », souligne Anne-Sixtine Perardel, ajoutant que les partenaires ont également besoin d’accompagnement. Des programmes dédiés, comme son programme FINIX pour les personnes addictes et des cycles d’accompagnement pour les conjoints, visent à offrir des clés pour se reconstruire. La sexologue conclut sur une note d’espoir : « Vraiment tout peut s’améliorer, mais c’est sûr que ça demande un effort personnel et c’est un effort de la volonté : qu’est-ce que je veux, qu’est-ce que je désire profondément pour moi et pour mon couple. Et à partir du moment où on est convaincu qu’on veut s’en sortir, on peut s’en sortir. » (Retrouvez Anne-Sixtine Perardel sur son site libertepouraimer.com)Qu’est-ce que la pornographie et quand devient-elle une addiction ?
Des effets dévastateurs sur l’individu et les relations
La lutte contre l’accès illégal et l’importance du discours
Sortir de l’addiction : un parcours personnel et conjugal
L’impact sur les partenaires et la reconstruction du couple








