L’invitée du jour — Julia Mota-Antoni : Les intelligences multiples, et si chacun avait sa façon d’apprendre ?

L’idée reçue selon laquelle l’intelligence serait une aptitude unique, souvent mesurée par le quotient intellectuel (QI), est aujourd’hui remise en question par la théorie des intelligences multiples. Cette approche, qui gagne du terrain tant dans le monde éducatif que professionnel, nous invite à considérer nos capacités sous un angle plus large et plus nuancé, avec bienveillance et discernement. Julia Mota-Antoni, Directrice et fondatrice de Cschool, un organisme de formation, décrypte cette révolution cognitive qui nous pousse à reconnaître et valoriser les diverses facettes de l’intellect humain. Longtemps, l’intelligence a été associée à la réussite scolaire et à la logique. Cette vision trouve ses racines à la fin du XIXe siècle, à Paris, où le psychologue Alfred Binet fut mandaté pour créer un outil évaluant les chances de réussite des enfants à l’école primaire. C’est ainsi que le célèbre quotient intellectuel (QI) a vu le jour, devenant pendant des décennies le mètre étalon de l’intelligence. Cependant, la fin des années 1960 marque un tournant majeur avec l’arrivée des neurosciences et de l’imagerie cérébrale. Ces découvertes ont révélé que le cerveau n’est pas un organe fixe, mais dynamique, évoluant tout au long de la vie. C’est dans ce contexte que le psychologue américain Howard Gardner a élaboré la théorie des intelligences multiples. « Selon lui, chacun d’entre nous serait doté de huit types d’intelligence », explique Julia Mota-Antoni. L’objectif de cette théorie n’est pas de « mettre les individus dans des cases », mais plutôt de souligner l’existence de « plusieurs portes d’entrée » pour l’apprentissage et le développement personnel. Ces huit formes d’intelligence correspondent à des manières distinctes de comprendre, d’agir et d’interagir avec le monde. Julia Mota-Antoni les détaille avec des exemples concrets : Il est important de noter que ces intelligences ne fonctionnent pas de manière isolée : « Ces intelligences ne fonctionnent pas séparément, elles se combinent », précise la fondatrice de Cschool. Pour mieux comprendre ses propres intelligences ou celles de ses enfants au sein de la famille, Julia Mota-Antoni conseille d’adopter une démarche d’observation. « Je conseille de commencer par observer, plutôt que d’étiqueter », affirme-t-elle. Il s’agit de repérer ce que l’enfant fait spontanément, quand il se concentre naturellement ou comment il explique les choses (raconte-t-il ? montre-t-il ? expérimente-t-il ?). Identifier ces « points d’appui » permet de changer la relation à l’apprentissage. « On part de ce qui fonctionne pour aller vers ce qui est plus difficile », explique-t-elle. Cela est particulièrement pertinent à l’école, où les intelligences linguistiques et logico-mathématiques sont souvent privilégiées. Un enfant ayant d’autres points forts peut alors se sentir en difficulté. Comment aider ces enfants à retrouver confiance ? En adaptant les méthodes d’apprentissage avec compassion. « Si un enfant a des difficultés, par exemple en mathématiques, mais est extrêmement à l’aise dans tout ce qui est mouvement, on peut lui proposer d’apprendre les tables de multiplication en jonglant, en faisant la roue et en étant en mouvement perpétuel », suggère Julia Mota-Antoni. L’objectif n’est pas de se cantonner à ses forces, mais de les utiliser comme « portes d’entrée » pour développer d’autres compétences. Un violoniste de renom, par exemple, utilise certes son intelligence musico-rythmique, mais aussi une forte capacité d’introspection et des compétences interpersonnelles pour interagir avec son public. « On peut voir qu’il est très important de pouvoir petit à petit développer ses compétences », insiste l’experte. La théorie des intelligences multiples n’est pas seulement destinée aux enfants. Elle offre aux adultes une nouvelle perspective sur l’apprentissage continu, valorisant chaque talent comme une valeur précieuse. « Notre cerveau continue d’évoluer et de s’adapter, c’est ce qu’on appelle le principe de la neuroplasticité », rappelle Julia Mota-Antoni. Il n’est jamais trop tard pour changer de stratégie, de méthode et redécouvrir le plaisir d’apprendre. Cette approche nous enseigne qu’« il n’est jamais trop tard pour croire en ses capacités et découvrir une autre manière d’apprendre ». En guise de conclusion, Julia Mota-Antoni cite Albert Einstein : « Tout le monde est un génie, mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. » Une réflexion qui invite chacun à identifier et valoriser ses propres talents uniques.Du QI aux intelligences multiples
Les huit facettes de l’intelligence
Un nouveau rapport à l’apprentissage
S’adapter pour mieux apprendre
Apprendre tout au long de la vie








