L’invitée du jour — Emeline Kreiss : Le cerveau, ce grand travailleur nocturne

Contrairement aux idées reçues, le sommeil est loin d’être une période d’inactivité pour notre cerveau. Véritable usine à rêves et à souvenirs, notre matière grise s’active intensément la nuit, consolidant nos expériences et digérant nos émotions. Emeline Kreiss, neuropsychologue et rédactrice pour le magazine Croire et Vivre, nous éclaire sur ce monde fascinant qui s’opère pendant que nous dormons. Si l’on pourrait croire qu’avec le sommeil, notre cerveau se met en pause, la réalité est tout autre. « Le cerveau travaille à 100% 24 heures sur 24 », affirme Emeline Kreiss. Au crépuscule, lorsque la lumière baisse, le cerveau commence à synchroniser ses neurones et à libérer des ondes alpha, entrant dans une sorte de « veille active ». Certaines zones cérébrales, notamment celles liées à la mémoire et aux émotions, sont même plus actives pendant le sommeil que pendant l’éveil. « Le cerveau est donc très utile et il se régénère pendant le sommeil, c’est ça qu’il faut retenir », souligne la neuropsychologue. Cette phase nocturne est cruciale pour le traitement des informations accumulées au cours de la journée. Pendant le sommeil, notre esprit peut vivre des expériences mentales riches, mêlant images, sensations, pensées et émotions : ce sont les rêves. Ce « monde sensoriel virtuel » est très similaire à notre perception du monde éveillé, mais le corps est alors en paralysie. Les rêves sont une véritable introspection. « On revit la même chose que ce qu’on a accumulé comme souvenirs dans les jours, les semaines, voire les années qui précèdent », explique Emeline Kreiss. Ils servent à exprimer la colère ou le chagrin, à affronter des peurs, à mettre en lumière des désirs enfouis ou encore à dénouer des problèmes relationnels. C’est un mécanisme essentiel pour « digérer toutes les émotions qu’il a accueillies ». Les rêves sont particulièrement fréquents et vivaces durant le sommeil paradoxal, une phase où l’on est proche de l’éveil. Contrairement aux idées reçues, nous rêvons toute la nuit, même si nous ne nous en souvenons pas toujours. Pendant le sommeil profond, les rêves sont plus simples et servent à retracer la journée pour mieux la mémoriser et la stocker. Le sommeil joue un rôle majeur dans la consolidation des souvenirs. Les expériences récentes, surtout celles à forte dimension émotionnelle, réapparaissent souvent dans nos rêves. « Les souvenirs les plus ancrés dans notre mémoire sont les souvenirs les plus désagréables », ce qui peut expliquer les cauchemars, mais aussi les rêves agréables liés à l’intégration de souvenirs joyeux, précise la neuropsychologue. Le processus implique l’hippocampe, une zone cérébrale très active pendant le sommeil et connectée à l’amygdale, la zone des émotions intenses. Ces deux régions travaillent de concert pour revivre, trier et consolider les souvenirs. « Pendant le sommeil lent, c’est-à-dire le sommeil plus profond, on trie et consolide des souvenirs fréquents de la vie quotidienne. Et pendant le sommeil paradoxal, on trie et consolide des souvenirs un peu plus chargés émotionnellement », détaille Emeline Kreiss. La charge émotionnelle d’un souvenir est donc déterminante pour son ancrage et son empreinte dans le cerveau, le rendant plus intense lors de son intégration nocturne. Une bonne nuit de sommeil est directement liée à de meilleures capacités d’apprentissage et de mémorisation. La neuropsychologue partage un conseil pratique : « s’endormir en lisant ou en écoutant ce qu’on veut mémoriser ». Le cerveau retient particulièrement bien le début et la fin de la journée et va « ressasser » ces informations durant le sommeil, notamment le sommeil lent, pour les consolider. « Si on veut apprendre une leçon ou un devoir quel qu’il soit, il suffit de le relire le soir même pour pouvoir le retrouver le lendemain », conclut-elle. Ainsi, la nuit n’est pas un temps mort, mais un laboratoire cérébral où notre esprit travaille sans relâche pour traiter, organiser et donner du sens à nos expériences.Le cerveau, actif 24h/24
Les rêves : un monde sensoriel virtuel
La consolidation des souvenirs : le rôle clé du sommeil
Sommeil et apprentissage : une connexion essentielle








