L’invité du jour — Julien Landureau — Disparitions d’enfants en France : Une hausse alarmante et des fugues aux conséquences graves

Les chiffres des disparitions de mineurs en France révèlent une tendance alarmante pour l’année 2025, avec plus de 40 000 signalements, soit une moyenne de 112 enfants par jour. Après plusieurs années de déclin, cette recrudescence marque un tournant préoccupant, particulièrement soulignée par une augmentation significative des disparitions inquiétantes.
Julien Landureau, responsable plaidoyer et communication chez « 116 000 Enfants Disparus », met en lumière la gravité de cette situation et les fragilités croissantes auxquelles sont confrontés les jeunes.
L’inquiétante progression des disparitions à risque
Si le chiffre global des disparitions repart à la hausse, c’est l’accroissement des « disparitions inquiétantes » qui alerte particulièrement les professionnels. « Ce qui nous interpelle, c’est que depuis 2020, on avait plutôt tendance à voir une baisse chaque année de ce chiffre et donc cette fois, pour la première fois, ça vient inverser la tendance », explique Julien Landureau. Il ajoute que « la hausse des disparitions inquiétantes, qui elle, progresse de 18% en un an, et qui progressait déjà les années précédentes », est particulièrement troublante.
Une disparition est qualifiée d’inquiétante lorsque « l’intégrité physique de l’enfant est clairement mise en danger à court terme ». Cela peut englober des situations variées : un enfant ayant exprimé des idées suicidaires, un mineur porteur de handicap, un jeune enfant, un enfant nécessitant un traitement médical, ou encore un mineur en situation d’exploitation par un tiers dangereux (exploitation sexuelle, réseaux de délinquance). Bien qu’en France, toute disparition de mineur soit légalement considérée comme inquiétante, l’aggravation des risques liés à ces situations est palpable.
Les fugues, une majorité qui cache des dangers
Les fugues représentent une écrasante majorité des signalements, constituant 95 % des cas. Fort heureusement, la plupart d’entre elles sont de courte durée (moins d’une semaine). Cependant, il en existe « un certain nombre effectivement où les fugues durent dans le temps et c’est souvent celles-ci qui par la suite sont requalifiées en disparition inquiétante », précise Julien Landureau.
Une idée fausse persiste : l’attente avant d’alerter en cas de disparition. « Les premières heures sont souvent les plus déterminantes pour retrouver rapidement un enfant et éviter qu’il ne se mette en danger », insiste le responsable plaidoyer. Il appelle donc à un signalement immédiat auprès des forces de l’ordre pour toute disparition de mineur.
Rajeunissement des mineurs et vulnérabilités accrues
Les profils des enfants concernés évoluent, avec un rajeunissement notable des mineurs qui fuguent, soit une progression de près de 3,8 % en cinq ans. Ce phénomène est le signe que « les mineurs vont de plus en plus mal, de plus en plus jeunes », constate Julien Landureau. La fugue est souvent l’expression d’un mal-être profond, lié à des violences intrafamiliales, des conflits parentaux, l’emprise d’un tiers (amis, amoureux, rencontres en ligne) ou des situations d’exploitation.
Internet et les réseaux sociaux sont identifiés comme des acteurs à double tranchant. S’ils sont sources d’épanouissement, ils constituent aussi « des facteurs de risque, notamment en ce qui concerne les mauvaises rencontres ou les mauvais conseils sur lesquels ces jeunes peuvent tomber ». Ces plateformes sont malheureusement devenues des « canaux soit de recrutement, soit de mise en contact particulièrement préoccupants » pour les proxénètes.
Prévention et réflexes essentiels
Face à cette réalité, l’écoute et l’observation des changements de comportement chez les jeunes sont primordiales pour les parents, enseignants et professionnels. Des ressources sont disponibles sur le site 116000.fr pour aider à discerner les signaux faibles.
Julien Landureau délivre un message clair aux familles : « Le message principal, c’est de ne jamais prendre à la légère une fugue, quand bien même celle-ci est courte. Une fugue, elle est toujours un espace de mise en danger dans l’enfant, durant lequel il s’expose à de nombreux risques ». Il est essentiel de maintenir un dialogue ouvert avec l’enfant et de ne pas hésiter à se tourner vers des professionnels, comme le 116 000 Enfants Disparus, en cas de doute. La prévention et des réflexes rapides sont la clé pour mieux protéger les jeunes et faire face à l’ampleur grandissante de ce phénomène.








