L’invité de la semaine — Marie Allouche – Coordinatrice des Nuits des forets dans le Grand Est

Du 5 au 21 juin, la France vibre au rythme des Nuits des Forêts, un festival unique dédié à la redécouverte et à la protection de nos écosystèmes forestiers. Dans le Grand Est, douze sites sont le théâtre d’événements incitant le public à renouer avec le vivant. Marie Allouche, coordinatrice régionale du festival, revient sur cette initiative née d’un double constat préoccupant.
Un Festival Né de l’Urgence et de la Reconnexion
Créée en 2020 en plein confinement, l’association Les Nuits des Forêts a l’ambition de rapprocher les citoyens de leurs forêts, tout en les sensibilisant à leur fragilité. « Nous avons pris conscience de la fragilité de nos forêts face aux changements climatiques », explique Marie Allouche. Face à la dégradation rapide de la santé des forêts françaises et à la méconnaissance du public quant aux réalités forestières, le festival se positionne comme un « grand rendez-vous populaire » visant à faire dialoguer le monde forestier, scientifique, artistique et le grand public.
L’Écoute des Vivants : Une Invitation à Ralentir
Pour son édition 2026, Les Nuits des Forêts place l’« écoute des vivants » au cœur de sa programmation. Cette thématique invite le public à une pause réflexive, à prêter une attention renouvelée aux sons et à la vie qui nous entourent. « On a parfois un peu perdu l’habitude de nous arrêter et de prêter attention à ce qui nous entoure, au son qui nous entoure », souligne Marie Allouche. Concrètement, le festival propose des rituels d’écoute variés : « des marches silencieuses, des balades sonores ou encore une minute d’écoute qui relie tous nos événements ». Autant d’initiatives conçues pour « ralentir et renouer avec cette attention vivante ».
L’alliance cruciale de l’art, de la science et de la nature
Au-delà de la simple découverte, le festival cherche à créer un lien profond entre le public et son environnement. Marie Allouche insiste sur l’approche transdisciplinaire de l’événement : « Le festival est un savant mélange entre nature, art et science. » Elle explique l’importance de ce croisement des approches : « On pense que les données scientifiques sont indispensables, mais qu’elles ne suffisent pas toujours à créer un lien émotionnel. Les artistes permettent de faire ressentir ce que les scientifiques décrivent et ce que les forestiers décrivent également par leurs expériences. » Cette synergie est au cœur de la mission du festival. « On pense vraiment qu’on protège mieux ce que l’on connaît, et on connaît mieux ce que l’on aime », affirme la coordinatrice. L’objectif final est clair : « Les Nuits des Forêts sont là pour permettre aux citoyens de tomber amoureux de leurs forêts afin d’avoir envie de les défendre. » En suscitant l’émotion et la connexion personnelle, le festival espère mobiliser le public en faveur de la protection de ces écosystèmes fragiles.
Briser les appréhensions, favoriser l’accessibilité
Dès sa création, le festival s’est donné pour mission de rendre les nuits en forêt plus accessibles. Nombreuses sont les personnes qui, malgré leur amour pour la forêt, n’osent franchir le pas d’une soirée ou d’une nuit passée en son sein. « Cela peut sembler compliqué, impressionnant, voire inquiétant », concède Marie Allouche. C’est pourquoi les fondateurs du festival ont souhaité créer des opportunités d’expériences accompagnées. Balades nocturnes, veillées, bivouacs ou nuits complètes sont ainsi encadrés par des forestiers, des naturalistes ou des artistes. L’objectif est de « redécouvrir cette forêt de nuit, non pas comme un lieu menaçant, mais comme un espace d’émerveillement, d’écoute et de reconnaissance du monde ».
Les forêts du Grand Est à l’épreuve du climat
La région Grand Est est particulièrement vulnérable aux conséquences du changement climatique. « Les sécheresses et les canicules répétées fragilisent les arbres et favorisent des crises sanitaires comme celle des scolytes », explique Marie Allouche. Cette fragilisation est flagrante, notamment en Alsace. « En Alsace, cela est particulièrement visible dans le massif vosgien où des milliers d’hectares ont été touchés ces dernières années », précise-t-elle. Malgré ces atteintes, la coordinatrice insiste sur la résilience et la richesse de ces écosystèmes : « Ces forêts restent néanmoins extraordinaires par leur richesse écologique et leur capacité à stocker du carbone. Elles jouent un rôle essentiel pour la biodiversité, la qualité de l’eau, le climat et notre qualité de vie. » Le défi majeur consiste désormais à « accompagner leur adaptation au climat de demain ».
Un Écosystème Fragile et Vital
Marie Allouche insiste sur la nécessité de percevoir la forêt comme un espace partagé, un milieu de vie pour une multitude d’espèces. « Elle est habitée par une multitude d’espèces animales et végétales qui ont besoin de tranquillité pour se nourrir, se reproduire ou simplement vivre », explique-t-elle. Les activités humaines, si elles ne sont pas pratiquées avec attention, peuvent avoir des conséquences néfastes : « Le bruit, par exemple, peut perturber la faune, notamment les oiseaux et les mammifères. Il ne s’agit pas de proscrire la fréquentation des forêts, bien au contraire, mais d’adopter un comportement attentif et respectueux. « S’engager pour les forêts, c’est d’abord apprendre à les fréquenter avec respect, en comprenant que nous faisons partie d’un écosystème dont nous dépendons profondément », conclut-elle.
Le festival, loin d’être un simple divertissement, offre une occasion de prendre du recul et de se reconnecter au vivant. « Finalement, les Nuits des forêts proposent quelque chose dont nous avons tous besoin aujourd’hui, ralentir, mieux comprendre le vivant qui nous entoure et retrouver un lien sensible avec les forêts qui façonnent nos paysages et notre qualité de vie. »


