Mardochée enfin honoré

Le livre d’Esther, dans l’Ancien Testament, à plusieurs choses tout à fait particulières, lesquelles font de lui un livre très original, très spécial et même assez unique. C’est, par exemple, le seul livre de toute la Bible à ne pas parler de Dieu. Cette absence remarquable a d’ailleurs suscité de nombreuses réserves avant qu’il soit tout de même dans la collection des livres qui forment la Bible. Autre fait surprenant, c’est un récit qui fait intervenir très régulièrement la notion de hasard. Oui, de hasard ! Il se passe toujours quelque chose qui arrive par hasard, et cela entraîne une succession de situations qui deviennent parfois très drôles. Un peu comme une pièce de Feydeau où les gens qui ne doivent pas se rencontrer se rencontrent, et où le burlesque prend le pas sur l’ordinaire. Pour illustrer ce phénomène bien spécial, voici un exemple. Deux personnages sont récurrents dans cette histoire, ce sont deux hommes qui ne peuvent pas se supporter. Le premier se nomme Mardochée ; c’est un homme d’origine juive, installer à Suze, capitale de l’empire Perse depuis des décennies. Il travaille au palais de Assuérus, le roi du moment. C’est-à-dire, il y a près de 2 500 ans ! Le second personnage, Haman, n’est autre que le Premier ministre. Lui, il est fier et puissant. Il impose à toutes les personnes qu’il croise, de se prosterner devant lui ; ce que refuse de faire Mardochée pour qui Haman n’est qu’un humain qui ne mérite pas la vénération dont il est l’objet. Haman veut faire payer à Mardochée son outrecuidance, et il a même l’intention de faire mourir tous les Juifs de l’empire. C’est l’annonce du premier génocide à l’encontre des Israélites. Haman prépare son projet, sa solution finale, en faisant dresser une potence à laquelle il veut pendre Mardochée, avant de s’attaquer à ses compatriotes. Son projet est au point. Et c’est là que le hasard intervient. Le roi Assuérus à une insomnie et pour passer le temps, on lui fait la lecture des affaires récentes de l’État afin qu’il soit bien au courant de tout. Cette nuit-là, on lui lit une affaire de tentative de coup d’État. Un employé du palais a surpris une conversation où il était question d’un complot contre Assuérus. L’employé a dénoncé la chose ; une enquête a été faite qui a confirmé le complot, et les coupables ont été arrêtés, confondus et pendus. Assuérus se souvient un peu de l’affaire et demande : « A-t-on au moins récompensé l’employé du palais, et sa loyauté à mon égard ? » On lui répond que non ! « Il faut réparer cette erreur, déclare le roi ! » C’est alors le matin et l’heure où le Premier ministre vient voir le roi. Avant même que Haman dise quoi que ce soit, Assuérus demande : « Comment puis-je honorer une personne qui m’est totalement dévouée ? » Haman, toujours prétentieux, pense alors qu’on parle de lui et dit : « Il faut que cette personne traverse la ville sous acclamation tandis que l’on dit que l’empereur le félicite ! » Le roi trouve l’idée bonne et déclare à Haman : « Voilà, c’est ce que tu vas organiser pour Mardochée qui a déjoué un complot contre moi, et que je veux honorer devant tout le peuple. » C’est ainsi que Haman, qui déteste Mardochée, est d’obligé d’escorter son ennemi dans toute la ville en scandant : « Voici l’homme que le roi veut honorer, honorez-le à votre tour ! » On imagine que chaque mot de cette ovation écorchait la bouche du Premier ministre.




