L’Ascension en détail

L’évangéliste Luc, qui a terminé son Évangile en racontant l’Ascension de Jésus en seulement trois lignes, ouvre son deuxième livre, les Actes des Apôtres, par le même récit, mais avec bien plus de détails. En remarquable écrivain, il a préparé ses lecteurs à la suite ; il met tout son talent de journaliste et d’auteur dans ce second volume, avec les mêmes qualités que celles déployées dans le premier.
Jésus est donc élevé dans les cieux alors qu’il vient de délivrer ses dernières paroles. On imagine bien les disciples totalement subjugués : voir quelque chose d’impossible laisse pantois. On rêve ? On hallucine ? Jésus s’élevant dans les airs défie toutes les lois naturelles. Pourtant, ces mêmes disciples ont vu, un jour, Jésus marcher sur l’eau ; n’était-ce pas tout aussi impossible ? Pierre se souvient sans doute avoir vu Jésus discutant avec Moïse et Élie — deux personnages morts depuis des siècles (et pas les mêmes siècles !) — alors que Jésus était transfiguré. Ne parlons pas de faire parler les muets, de faire entendre les sourds, de rendre la vue aux aveugles… Et que dire des résurrections de Lazare, de la fille de Jaïrus ou du fils de la veuve de Naïm ? La liste des « impossibles » est longue. Alors, maintenant que Jésus s’élève et s’éloigne d’eux en montant vers le soleil, est-ce l’apothéose ou un simple miracle de plus ?
Ils sont là, les onze, à se frotter les yeux, la bouche bée devant ce qui n’a rien de normal et auquel on ne s’habituera jamais. Jésus est soustrait à leurs regards, absorbé dans la nuée, dissous dans les airs. Mais une nouvelle surprise les oblige à se réveiller : deux hommes en vêtements blancs se présentent. On dirait des anges — mais les anges, on les imagine plus qu’on ne les voit vraiment… quoique. On dirait peut-être les mêmes qui, au tombeau, avaient dit : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? » Les voilà d’ailleurs avec un autre « pourquoi » : « Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à scruter le ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière. »
Il y a des jours qui doivent marquer une vie pour la vie. Ce jour-là, les disciples ont eu leur dose ! Celui qu’ils croyaient mort à Golgotha est revenu à la vie, et voilà que quarante jours plus tard, le Ressuscité disparaît encore. Mais cette fois, il s’en va : il quitte la terre et leur espace tout en restant vivant. Il faut se pincer pour être sûr d’avoir vraiment été témoin de toutes ces choses irrationnelles.
Comment ne pas se souvenir de ce que Jésus avait dit aux disciples qui l’interrogeaient : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. » C’est que dans toute cette affaire de l’improbable, l’homme est totalement dépassé, et il lui faut accepter de l’être. Il n’y a rien de « raisonnable » dans ces épisodes, rien que la raison pure puisse comprendre ou dominer. Ici, ce n’est plus l’histoire des hommes, c’est celle de Dieu.
Après la montagne du sermon, après le mont de la Transfiguration, après le mont Golgotha et la montagne de l’Ascension, les disciples redescendent. C’est désormais sur terre qu’ils parleront du Christ, le Fils de Dieu venu parmi les hommes.




