Pierre remis en selle

La dernière scène de l’Évangile de Jean est une scène poignante. Voici le décor : Jésus est ressuscité depuis quelques temps déjà, et Jean précise que c’était la troisième fois qu’il se manifestait devant ses disciples. Cette rencontre se passe au bord du lac de Galilée, et Jésus semble pique-niquer avec sept de ses anciens compagnons. Il y a là Pierre, Jacques et Jean — les fils de Zébédée —, mais aussi Thomas, Nathanaël et deux autres disciples non nommés.
Jésus avait préparé un feu avec quelques poissons, auxquels on a ajouté les belles prises de la dernière pêche initiée par Pierre. Le repas se termine, et Jésus entame un entretien particulier avec Pierre. Or, Pierre est dans ses petits souliers — ou plutôt dans ses petites sandales. Il est mal à l’aise car, de tous les disciples, il était celui qui, quelques heures avant l’arrestation, avait juré qu’il ne trahirait jamais son Maître, quand bien même tous les autres le feraient.
Oui, mais voilà : Pierre, sans trahir au sens de Judas, avait bel et bien abandonné son Maître. Et maintenant, le Christ ressuscité souhaite un tête-à-tête avec lui. Jésus demande à Pierre : « Est-ce que tu m’aimes ? » C’est une question complexe, surtout que le texte original parle ici d’un amour fort, inconditionnel. Pierre répond : « Tu sais que j’ai de l’amitié pour toi. » Vous notez la nuance…
Alors Jésus insiste et repose la question. C’est clair : il veut pousser Pierre dans ses retranchements. Il pose la question trois fois, et finalement, Pierre finit par dire : « Seigneur, tu sais toutes choses. » Quelque part, Pierre n’est plus le fanfaron. Il reconnaît sa transparence, son authenticité, sa propre vérité. Il se laisse sonder, scruter, analyser.
Cette honnêteté — celle qui dit : « J’ai mes limites et je m’en excuse » — est celle qui reçoit une réponse surprenante du maître. Jésus enregistre et dit à celui qui vient d’avouer ses faiblesses : « Prends soin de mes brebis. Suis-moi. » Ces propos sont comme l’attestation d’un pardon, mais ils sont aussi très lourds de sens. Pourquoi ? Parce que trois ans plus tôt, après leur première rencontre et une autre pêche miraculeuse, Jésus avait déjà dit : « Suis-moi, je ferai de toi un pêcheur d’hommes. »
Pierre est ainsi réintroduit dans sa mission première. Certes, il a failli. Certes, il a montré ses limites et même sa lâcheté face à la menace. Mais il a aussi reconnu ses faiblesses après tant d’orgueil et de vanité. C’est cette reconnaissance-là, cette lucidité-là, qui permet à Jésus de remettre Pierre « en piste ». Il y a ici quelque chose de bouleversant et de profondément rassurant.





