L’invité du jour — Jacques Foenkinos : Acouphènes, comprendre ces bruits « fantômes » et apprendre à mieux vivre avec

Les acouphènes, ces bruits parasites perçus sans source sonore extérieure, touchent des millions de personnes et peuvent profondément impacter la qualité de vie. Loin d’être une fatalité, ce trouble auditif complexe nécessite une meilleure compréhension et une prise en charge adaptée. Jacques Foenkinos, président de l’association France Acouphènes, démystifie ce phénomène et apporte des éclaircissements sur les pistes de solutions. Souvent décrits comme des sifflements, bourdonnements ou grésillements, les acouphènes sont des perceptions sonores que seul l’individu affecté entend. Cette particularité, comme le souligne Jacques Foenkinos, est « pénible et stressante », car elle isole la personne dans sa souffrance, souvent incomprise par son entourage. Si l’exposition à un bruit intense, comme un concert ou une explosion, est une cause bien connue des acouphènes, elle est loin d’être la seule. « La première cause aujourd’hui des acouphènes, c’est le traumatisme sonore », explique Jacques Foenkinos. Ce traumatisme peut être aigu (explosion, sirène) ou insidieux, résultant d’une exposition quotidienne à des niveaux sonores élevés, comme l’écoute de musique forte ou des environnements professionnels bruyants. Les personnes travaillant dans des secteurs exposés au bruit, comme les travaux publics ou le bâtiment, sont particulièrement vulnérables aux acouphènes. Le burn-out et le stress chronique, fréquents notamment chez les soignants, figurent aussi parmi les causes régulièrement observées. « Tous ceux qui sont exposés à un stress permanent… peuvent être concernés », précise Jacques Foenkinos. Certaines affections auditives comme la labyrinthite récidivante, la maladie de Ménière ou le neurinome de l’acoustique peuvent également être à l’origine de ces troubles. Enfin, une posologie ou une durée de traitement excessive de certains médicaments peut aussi favoriser l’apparition d’acouphènes. Ce large éventail de causes signifie que « tout le monde peut être concerné » par les acouphènes, « il n’y a pas d’âge ». Jacques Foenkinos déplore d’ailleurs de rencontrer, lors d’actions de prévention réalisées par France Acouphènes dans les écoles, des enfants de 10-12 ans touchés par ce phénomène. Face à l’apparition des acouphènes, le premier réflexe est de consulter un ORL. Cependant, Jacques Foenkinos met en lumière une lacune dans la prise en charge : « tous les ORL ne sont pas formés. Très souvent, le patient ressort avec des propos malheureux du genre ‘Je ne peux rien pour vous, vous pouvez vivre avec’. » Ce manque de compréhension et de prise en charge adéquate peut entraîner un repli sur soi, pouvant mener à la dépression. « On ne peut pas parler de son mal parce que personne ne nous croit, parce que ça ne se mesure pas. » C’est là que des associations comme France Acouphènes jouent un rôle crucial. « Tous nos adhérents, tous nos bénévoles souffrent de ces pathologies. Donc on est crédible à recevoir ces personnes, à les écouter, à les comprendre. » Bien qu’il n’existe pas de traitement pour éradiquer complètement les acouphènes, diverses thérapies peuvent aider à atténuer les symptômes et améliorer la qualité de vie. L’objectif principal est de « déconnecter le bruit du cerveau » et d’apprendre à le mettre à distance. Parmi les solutions proposées se trouve l’appareillage auditif. En améliorant la perception auditive, il permet de prioriser les sons extérieurs et la conversation, réduisant ainsi l’attention portée au bruit interne. Les thérapies comportementales et cognitives, quant à elles, aident à modifier la perception et la réaction de l’individu face à ses acouphènes. Enfin, la sophrologie et la relaxation réduisent le stress et l’anxiété souvent associés aux acouphènes, contribuant ainsi à une meilleure gestion du trouble. « La solution ne sera pas la même pour chacun, il faut tester », conseille Jacques Foenkinos. Il insiste sur l’importance de ne pas rester isolé et d’en parler. « Plus on se replie sur soi, plus le phénomène va perdurer et s’amplifier. »









