L’invité du jour — Arnaud Girouvet : Le sens du travail à l’épreuve du 1er Mai

Alors que le 1er Mai met traditionnellement à l’honneur le travail, la question de son sens résonne avec une acuité particulière dans le débat public. Entre désengagement et quête de sens, Arnaud Girouvet, président des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens (EDC), appelle à une réappropriation du travail comme source d’accomplissement et de bien commun.
Face à une perception croissante du labeur comme une contrainte ou une simple source de revenus, les dirigeants chrétiens prônent une approche qui le replace au cœur de la dignité humaine. Une vision partagée par Arnaud Girouvet, qui invite à « réenchanter » le travail en redonnant du sens, du lien et de la fierté à chaque acteur économique.
Le constat est clair : l’activité professionnelle est de plus en plus remise en question. Arnaud Girouvet pointe du doigt une tendance à « fuir le travail », expliquant que « il y a moins de sens, moins de rencontres, moins de plaisir, moins de fierté aussi. » Pourtant, le travail est intrinsèquement porteur de valeurs positives : « Il nous apporte du lien, il nous apporte la fierté du travail réussi, des relations avec des collègues. C’est ça qu’il faut redévelopper. »
Cette perte de repères se manifeste par une difficulté à se connecter au réel et à la finalité de son action. Pour l’entrepreneur, il est essentiel de constamment « réinterroger l’actionnalité de ce que chacun fait » et de « ne pas perdre le contact avec le réel. »
Pour les EDC, la pensée sociale chrétienne offre une grille de lecture précieuse pour naviguer dans le monde économique actuel. Arnaud Girouvet la décrit comme une « boussole » permettant aux dirigeants de « se réaligner en permanence ». Cette boussole repose sur des piliers fondamentaux : la dignité de la personne, la subsidiarité, la participation et le bien commun.
Ces principes ne constituent pas une série de règles strictes, mais plutôt un « chemin à suivre » qui guide les dirigeants dans leurs décisions. Ils rappellent que, malgré les contraintes, l’objectif est de trouver les « bonnes réponses à chacun des environnements » et des problématiques rencontrées.
La quête de sens nécessite une double action : transformer les organisations et changer le regard collectif porté sur le travail. M. Girouvet regrette que les entreprises aient parfois « trop suivi de process », perdant l’intelligence et le sens de l’objectif. Il insiste sur la nécessité de « récréer cette relation entre le manager et ses équipes » en valorisant la solidarité.
Le président des EDC souligne l’importance de reconnaître le travail accompli. Il relate une anecdote personnelle vécue dans sa chaudronnerie industrielle : « concrètement là ce que tu réalises, est-ce que tu sais à quoi ça va servir en fait? » Il invite à « s’émerveiller devant ce qui est fait » et à exprimer sa reconnaissance envers le talent de chacun.
Interrogé sur la possibilité que la crise du sens cache une crise du projet collectif, Arnaud Girouvet se montre optimiste. Il observe que le désir de lien et de collaboration est plus fort que jamais. Il cite en exemple des situations inattendues, comme un incendie ou une panne de train, où « tout le monde recrée du lien. »
Pour M. Girouvet, « les gens n’attendent qu’une seule chose, c’est de recréer du lien, de recréer des relations entre eux. » La solution réside donc dans l’audace de la communication, l’échange et la prise de parole, y compris sur les difficultés.
Les jeunes générations, souvent perçues comme ayant des attentes inédites, recherchent avant tout du sens, des entreprises respectueuses de l’environnement et de la société, ainsi que des relations épanouissantes. Si certains voient le travail comme purement « alimentaire », Arnaud Girouvet insiste sur la richesse qu’il apporte : « le travail est quelque chose qui permet de créer de la relation, qui permet vraiment le matin quand on se lève d’être fier de ce qu’on réalise. »
Son message pour les jeunes est clair : « trouver le travail qui va les enthousiasmer, même si c’est un travail qui n’est peut-être pas définitif, mais un travail qui vraiment va leur donner de la joie dans leur quotidien. »
En cette fête du Travail, Arnaud Girouvet lance un message fort à l’ensemble des acteurs économiques et sociaux : « arrêtez de fuir le travail. » Il les exhorte à trouver l’activité qui leur correspond, même si celle-ci est « plus simple », mais qui leur permettra d’être « en relation avec les autres » et d’être « fier de ce qu’ils font. »
Il observe que de nombreux jeunes se tournent aujourd’hui vers des métiers manuels (fromagerie, restauration, agriculture), soulignant la recherche d’une « vocation ». L’objectif est de « trouver le travail qui vous fait rêver et qui vous permet de créer du lien. » Un appel à une économie plus juste et plus humaine, où la personne est placée au cœur de l’activité.






