Élie le dépressif

L’un des plus beaux jours de la vie d’Élie, le prophète, au temps du règne du roi Achab, en Israël, c’est celui où, sur le mont Carmel, il a prouvé à tout le peuple la suprématie de son Dieu, lequel a produit un miracle remarquable alors que les prêtres de Baal avaient invoqué leurs idoles sans qu’il y eût le moindre effet. Pour Élie, c’était là une victoire, et il pouvait espérer que les gens abandonneraient les idoles comme Baal, pour revenir à l’Éternel. Le roi Achab, rentré dans son palais après ce qu’il avait vu au mont Carmel, raconte à sa femme Jézabel le miracle d’Élie et la mort de 450 prêtres de Baal que la population a égorgé ! Jézabel, la reine, était une grande dévote à Baal et c’est elle qui avait fait venir de Phénicie les 450 prêtres liés à ce culte. Naturellement, l’annonce de la mort de tout ce clergé ne pouvait que la mettre en colère, elle qui a toujours été d’une rare violence. Jézabel envoie aussitôt un message à Élie, lui disant : « Si demain, à pareille heure, je ne t’ai pas traité comme tu as traité mes prêtres, que les dieux m’infligent la plus terrible des punitions ! » Quand il reçoit ce message, Élie a peur ! Les effets de sa victoire au mont Carmel s’estompent et il entre en dépression. C’est une des remarques que l’on peut faire en lisant la vie du prophète Élie : c’est un homme facilement dépressif, avec de grands moments d’exaltation et d’autres de profonds abattements. Il décide de s’enfuir et d’aller aussi loin que possible. Il quitte même Israël pour se réfugier dans le royaume du Sud, Juda. Fatigué de sa course, il se repose enfin sous un genet et implore son Dieu : « J’en ai assez ! Je n’en peux plus Seigneur. Reprends ma vie. Je ne vaux rien ! » Accablé, il s’endort et il est réveillé par un ange de Dieu qui le console, l’encourage et le pousse à manger. Élie découvre alors à ses pieds, des galettes et de l’eau. Il mange et boit avant de s’endormir, ne sachant trop s’il vit bien ces moments ou s’il les rêve. Se réveillant à nouveau, l’ange est encore là, ainsi que de nouvelles galettes et de l’eau fraîche : « Mange ! Reprends des forces. Tu dois marcher, encore et encore. Dieu te donne rendez-vous. Il te faudra marcher 40 jours pour te rendre sur la montagne d’Horeb, qui est la montagne de Dieu ! » Élie a du mal à assimiler ces informations parce qu’elles sont tout à fait exceptionnelles. En effet, devoir se rendre sur le mont Horeb n’est pas une petite affaire. Le mont Horeb, c’est la montagne sur laquelle Moïse s’est rendue, bien des siècles plus tôt, pour y rencontrer Dieu et pour y recevoir les Tables de la Loi, autrement dit, les Dix commandements. Et voilà que Élie doit s’y rendre à son tour. Alors oui, il faut manger quelques galettes et boire assez d’eau : la route sera longue. Mais que trouvera-t-il là-bas ?
(1 Rois 19)





