L’invité du weekend — Le Musée du Protestantisme de Ferrières, avec Patrick Cabanel

Direction le département du Tarn, entre les villes de Castres et Mazamet, en région Occitanie, pour découvrir le Musée du protestantisme de Ferrières, fondé en 1968, avec son conservateur, Patrick Cabanel.
Installé en 2010 dans ses nouveaux murs au lieu-dit La Ramade, le musée, porté par la voie associative, fait partie d’un réseau de musées du protestantisme implantés dans les principales régions marquées par la Réforme : le Poitou, le Béarn, le Languedoc, le Bavarais, le Dauphiné, l’Alsace. Pour autant, il veut s’adresser à des visiteurs de toute confession ou même sans confession.
C’est-à-dire que ce n’est pas un musée protestant, au sens où ce serait un musée militant, mais c’est un musée du protestantisme, donc un musée parfaitement historique, scientifique et laïque qui fait l’histoire du protestantisme comme on peut faire l’histoire de tout autre fait culturel, religieux, démocratique ou économique dans notre pays.
Depuis 1517 et les 95 thèses du moine Martin Luther contre les indulgences papales, marquant le début du mouvement de la Réforme, l’histoire de la naissance du protestantisme n’est pas toujours comprise ou même connue. L’apporter aux nouvelles générations semble donc être d’une importance capitale…
C’est une histoire d’une minorité religieuse et des difficultés qu’elle a eues à se faire reconnaître, respecter, tolérer, comme on disait jadis. Et donc c’est une histoire qui, en fait, est très actuelle parce qu’il y a eu les protestants, il y a eu les juifs et il y a les musulmans. C’est une histoire qui n’est pas du tout confessionnelle au sens où elle serait recluse sur elle-même, mais c’est une histoire qui raconte la manière dont notre nation, la France, a tenté, réussi, échoué, selon les moments, à bâtir ce qu’on appelle la pluralité, le pluralisme religieux, c’est-à-dire l’acceptation de la différence. La laïcité est une des solutions qui est née précisément de cette nécessité de faire vivre ensemble des gens dont les dieux n’étaient pas les mêmes, dont les cieux n’étaient pas les mêmes.
Aujourd’hui pourtant, et ce comme depuis des siècles, le protestantisme représente une faible minorité de croyants en France, presque marginale.
On était à 2% de la population sous Louis XIV, ça n’a pas beaucoup évolué puisque nous sommes à 3% de la population française. Il y a à nouveau un dynamisme lié à ce qu’on appelle les évangéliques, qui sont des protestants un peu différents des historiques. Ce n’est pas une question d’entre-soi, c’est une question d’une minorité qui a été pendant des siècles interdite, contrôlée, confinée, et qui aujourd’hui connaît un nouvel essor. Mais on est effectivement dans un pays, la France, qui n’est pas passé au protestantisme, un pays qui a été l’une des plus grandes puissances catholiques de l’histoire, et qui aujourd’hui est très fier d’être par excellence la puissance laïque. Voilà ce qui explique que les juifs ou les protestants ne seront jamais qu’une minorité dans ce pays hier tout catholique et aujourd’hui qui se prétend comme tout laïque.
Et au pays de la laïcité, les questions religieuses ne sont pas toujours simples à aborder et à transmettre.
Nous présentons des objets de toutes origines. On a une approche assez généraliste qui est de regarder l’histoire de France à travers ce que cette minorité lui a apporté. Pas seulement du seul plan religieux, mais sur le plan économique, que ce soit avec l’industrie ou la mécanisation.
Première diffusion le 28 septembre 2024.


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