L’invitée du jour — Anne de Lestanville : Deuil périnatal, comprendre et accompagner la douleur

Chaque année en France, près de 7 000 couples sont confrontés à la perte d’un enfant avant sa naissance ou dans les premiers jours de sa vie. Le deuil périnatal, une épreuve souvent méconnue, revêt des spécificités qui nécessitent un accompagnement particulier, comme l’explique Anne de Lestanville de l’association Mère de Miséricorde.
Un deuil aux multiples visages
Le terme deuil périnatal englobe une vaste gamme de situations douloureuses, allant des fausses couches et des grossesses extra-utérines aux morts fœtales, morts néonatales, interruptions médicales de grossesse (IMG) et interruptions volontaires de grossesse (IVG). Toutes ces circonstances partagent une même réalité : la perte d’un enfant qui ne verra pas le jour ou dont la vie sera de courte durée.
Anne de Lestanville précise que, contrairement à un autre deuil où l’on a pu voir et connaître la personne, la spécificité du deuil périnatal réside souvent dans l’absence de contact visuel avec le bébé. « Souvent, cet enfant, on ne le voit pas, sauf cas exceptionnel d’un bébé qui peut mourir à plusieurs mois de grossesse. […] Quand il s’agit d’une fausse couche, on n’a pas pu faire le deuil de cet enfant, justement, parce qu’on n’a pas pu le voir. Et quand il s’agit de l’IVG ou de l’IMG, c’est la même chose. » Cette absence peut rendre le processus de deuil encore plus complexe et plus intime pour les parents.
La souffrance familiale : un cheminement intime et partagé
La douleur de la perte d’un bébé est immense et touche la mère, le père et les frères et sœurs si la famille est déjà constituée. Cependant, cette souffrance se manifeste souvent différemment selon les membres de la famille. Pour la mère, le lien physique avec l’enfant pendant la grossesse peut engendrer des sentiments intenses de culpabilité ou d’échec. « C’est la maman qui porte cet enfant en elle. Donc pour la maman, c’est toujours difficile, parce qu’il peut y avoir cette culpabilité de se dire qu’elle n’a pas pu mener sa grossesse jusqu’au bout. Il peut y avoir un sentiment d’échec. »
Le père, quant à lui, vit cette épreuve à sa manière, souvent dans le soutien de sa compagne, mais également avec sa propre peine. Les frères et sœurs peuvent aussi être affectés par cette absence, sans toujours pouvoir l’exprimer. Anne de Lestanville insiste sur l’importance de la communication : « Ce qu’il faut, c’est vraiment parler en famille et pouvoir demander et permettre à chacun d’exprimer ses émotions, ses besoins qui n’auraient pas été comblés ou ses besoins en souffrance. […] C’est vraiment la parole qui permet à chacun et chacune au sein d’une famille de pouvoir se libérer de quelque chose qui pourrait rester enfoui et qui pourrait rester une blessure. »
Cheminer vers la reconstruction : espérance et foi
Se reconstruire après un deuil périnatal est un long chemin qui demande du temps. Comme pour toute épreuve, il passe par plusieurs étapes : le déni initial, la colère et la révolte, puis l’acceptation progressive. Pour les couples, la communication est essentielle pour traverser cette épreuve ensemble. « Il faut beaucoup parler, être capable de partager ses émotions, de partager ses blessures avec peut-être des personnes qui ont vécu la même chose. »
La foi et la spiritualité peuvent également offrir un soutien précieux. Anne de Lestanville évoque le rôle central de la compassion et du pardon : « Dieu, qui est un Père avec des entrailles de mère, nous tend les bras. Pour pouvoir voir la lumière au bout du chemin, il faut que notre cœur soit prêt à se pardonner soi-même de ce qui est arrivé, quelles que soient les circonstances. Ensuite, il faut pouvoir demander pardon au Père parce que lui aussi, est prêt à nous pardonner. » Cette dimension spirituelle peut aider à trouver la consolation et l’apaisement.
Pour toutes les familles qui traversent actuellement cette terrible épreuve, Anne de Lestanville souhaite adresser un message d’encouragement. « Je voudrais leur dire qu’ils ne sont pas seuls. » Elle conclut en rappelant que, même si la consolation ne peut être immédiate, une lumière finit toujours par apparaître.
Pour plus d’informations et d’accompagnement, l’association Mère de Miséricorde est disponible via son site internet : meredemisericorde.org.
Première diffusion le 22 octobre 2024.








