L’invité du weekend — Vincent Le Roy, l’association Ariel’s au service des sourds

Plus de dix millions de personnes en France sont concernées par la surdité ou des difficultés d’audition, un enjeu souvent méconnu du grand public. Face à ce constat, l’association Ariel’s s’est donné pour mission de rendre accessible la Bible et son message en langue des signes française (LSF), tissant ainsi des liens essentiels entre la foi chrétienne et la communauté sourde.
Un appel à l’inclusion et au discernement
« Comment croiront-ils en celui dont ils n’ont pas entendu parler ? », interroge Vincent Le Roy, secrétaire de l’association Ariel’s, citant un verset central de l’Épître aux Romains (chapitre quatorze, dans la Bible). Il poursuit : « Nous aimons bien ajouter comment entendront-ils parler si on ne parle pas dans leur langue. » Ce verset est le pilier de l’action d’Ariel’s, fondée en 2000 à Montpellier. L’association œuvre à la recherche et à l’interprétation de la Bible en LSF, reconnaissant la surdité non seulement comme une difficulté auditive mais aussi comme une culture à part entière, dotée de sa propre langue.
En effet, le peuple sourd possède « sa propre culture, sa propre langue », souligne Vincent Le Roy. Souvent associée à un handicap, la surdité est avant tout une différence culturelle qui demande une adaptation spécifique. Si environ 88% des personnes concernées deviennent sourdes ou malentendantes au cours de leur vie, seules 280 000 à 300 000 personnes en France pratiquent ou connaissent la LSF. Cet écart met en lumière l’importance de l’approche d’Ariel’s pour permettre aux personnes sourdes de vivre leur foi avec autant de commodité que possible.
De la sensibilisation à la création de lexiques
Depuis sa création, Ariel’s observe une évolution positive. « On sent que ça évolue énormément. On a de plus en plus d’églises, de chrétiens qui ouvrent les yeux aussi à cette problématique que les personnes sourdes rencontrent », constate Vincent Le Roy. Cette prise de conscience se traduit par une augmentation du nombre de personnes sourdes se convertissant, et par des initiatives concrètes de l’association.
Les missions d’Ariel’s sont multiples : sensibilisation, interprétation et formation, particulièrement dans les milieux évangéliques. Un aspect frappant de leur travail est la création de nouveaux signes. La LSF, langue visuelle par essence, a évolué au gré des rencontres et des besoins. Cependant, le vocabulaire biblique n’ayant pas toujours été accessible, Ariel’s travaille à développer un lexique spécifique. « C’est vraiment une langue visuelle, donc les sourds ont dû s’adapter et trouver les signes au fur et à mesure. […] L’Évangile n’étant pas accessible en langue des signes, les mots bibliques n’étaient pas accessibles. Donc ça a été à nous, tout plein de personnes qui connaissent et qui maîtrisent vraiment la langue des signes française, qui petit à petit réfléchissent et cherchent à créer de nouveaux signes qui n’ont jamais été encore traduits en langue des signes », explique Vincent Le Roy. Cette démarche respectueuse de la culture sourde et empreinte de bienveillance vise à offrir un accès complet au message biblique.
Les défis de l’avenir : reconnaissance et adaptation
Les défis à relever restent importants. Pour la société civile, le premier enjeu est de « faire connaître le monde des sourds. […] Au-delà de nos missions à Ariel’s, beaucoup ne connaissent pas en fait qui sont les sourds. Ne connaissent pas leur culture, leur histoire. Le fait que la langue des signes, ce n’est pas simplement une adaptation pour eux, mais c’est vraiment une vraie langue, une langue vivante, qu’on a besoin aussi d’apprendre pour pouvoir échanger avec eux », souligne Vincent Le Roy. Il insiste sur la valeur de la LSF en tant que langue à part entière, essentielle à la compassion et à l’échange.
Pour les églises, il est crucial de « continuer à sensibiliser les églises, à expliquer qu’au-delà du handicap, c’est vraiment une différence de culture avant tout qui nécessite du coup de s’adapter, de pouvoir évoluer et changer un petit peu les manières de penser qu’on peut trouver même dans nos milieux d’église ». La bienveillance et le discernement sont des qualités essentielles pour accueillir pleinement la communauté sourde, en reconnaissant sa spécificité culturelle.
Pour en savoir plus sur l’association Ariel’s, découvrir son lexique biblique en LSF ou trouver des églises adaptées, il est possible de consulter le site ariels.fr.






