L’invité du jour — Frédéric de Coninck : Tout le monde mérite une deuxième chance

Face aux revers de la vie, de l’échec scolaire à la récidive, la société a-t-elle intérêt à miser sur la « deuxième chance » ? C’est la question que soulève Frédéric de Coninck, sociologue, en examinant l’impact des jugements hâtifs et les bénéfices des dispositifs d’accompagnement. Loin d’être un simple acte d’altruisme, offrir une nouvelle opportunité se révèle être un investissement social et économique judicieux. De l’échec scolaire à la perte d’emploi, en passant par les démêlés avec la justice, les parcours de vie peuvent être semés d’embûches. Pour Frédéric de Coninck, auteur d’un article paru dans le magazine Croire et Vivre, nos sociétés, particulièrement les plus riches et compétitives, sont promptes à coller des étiquettes et à laisser de côté ceux qui trébuchent. Une tendance qui, selon lui, s’explique par une culture de la performance. « Quand on voit un peu quelqu’un qui est sur le reculoir, on a tendance à le dévaloriser, ce qui est une manière aussi de se dire que nous, on est dans le coup », analyse le sociologue. Cette stigmatisation rapide peut transformer un revers temporaire en un obstacle insurmontable, enfermant l’individu dans son statut d’« échec ». Pourtant, la capacité d’une personne à rebondir est souvent sous-estimée. En France, des initiatives concrètes sont déployées pour offrir une seconde chance. L’exemple des « écoles de la deuxième chance », mises en place depuis 2003, est éloquent. Elles proposent un parcours de formation en alternance et une « pédagogie active » à des jeunes sortis du système scolaire sans diplôme ou avec un faible niveau de qualification. L’objectif est clair : « permettre un accès à l’emploi à des jeunes qui sinon se retrouveraient sur le carreau. » Ces structures révèlent des compétences souvent ignorées par le système éducatif traditionnel. « À l’école, c’est quand même théorique. Il y a des gens qui se débrouillent beaucoup mieux dans les situations pratiques », explique Frédéric de Coninck. Changer de cadre pédagogique permet aux individus de « redécouvrir leurs compétences et puis du coup, les développer ». La confiance, élément clé de l’apprentissage, est souvent la première chose à restaurer. Au-delà de l’école, la notion de deuxième chance s’étend aux personnes ayant commis une faute, voire une infraction. Le sociologue souligne l’efficacité des accompagnements pour réduire la récidive. Tandis que 80% des personnes incarcérées récidivent dans l’année suivant leur sortie, celles qui bénéficient d’un suivi éducatif dès le prononcé de la peine affichent un taux de récidive bien plus faible, entre 10 et 15%. « Une personne qui est durablement éloignée du travail coûte cher », rappelle Frédéric de Coninck. Une société a tout à gagner à réintégrer ces individus, non seulement pour éviter les coûts sociaux de l’exclusion, mais aussi pour freiner l’expansion de l’économie parallèle. « Une société a tout à gagner à aller rechercher les personnes en échec pour leur donner une deuxième chance », affirme-t-il. Diminuer le nombre de crimes et délits est aussi un gain collectif. La deuxième chance n’est pas l’apanage des institutions ; elle est aussi une responsabilité individuelle. « On est au bénéfice de gens qui ont continué à nous faire confiance, même si à un certain moment, on n’a pas été tout à fait dans le coup », observe le sociologue. Que ce soit dans le cadre professionnel, amical ou conjugal, toute relation durable repose sur la capacité à pardonner et à donner une nouvelle chance. L’apprentissage lui-même est intrinsèquement lié à l’erreur. « On n’apprend pas sans faire d’erreur et on apprend d’autant plus si les personnes autour de nous continuent à faire confiance », conclut Frédéric de Coninck. Offrir une deuxième chance, c’est donc non seulement un acte d’humanité, mais également une stratégie efficace pour le bien-être et la cohésion de l’ensemble de la société.L’échec : un jugement rapide et persistant
Le rôle crucial des dispositifs d’accompagnement
La seconde chance : un calcul social rentable
La confiance : fondement du renouveau








