L’invité de la semaine — Sarah Assaf, Centre Antipoisons de Belgique

### Le Centre Antipoison : Un Rempart Indispensable Face aux Intoxications en Belgique
Le Centre Antipoison belge, véritable bouclier sanitaire, a traité près de 65 000 appels en 2025, soit une moyenne stupéfiante de 177 sollicitations par jour. Ce service vital, souvent méconnu dans le détail, se révèle être un acteur clé dans la gestion des intoxications, qu’elles soient avérées ou simplement suspectées, et ce, 24 heures sur 24.
Sarah Assaf, pharmacienne et membre de l’équipe de permanence médicale du Centre Antipoison, éclaire le fonctionnement et les défis de cette institution essentielle.
### Qui Appelle le Centre Antipoison ?
Derrière la ligne téléphonique d’urgence du Centre Antipoison se trouvent des professionnels hautement qualifiés. « Derrière la permanence médicale se trouvent des médecins et pharmaciens spécialisés en toxicologie qui vont répondre en français, néerlandais et anglais», explique Sarah Assaf.
Le public appelant est varié, mais la majorité des sollicitations provient des particuliers. « Environ 70% est constitué du grand public, que ce soit la victime elle-même ou la famille », précise Sarah Assaf. Cependant, les professionnels de la santé ne sont pas en reste, représentant environ 20% des appels. Parmi eux, on trouve «des médecins spécialistes, médecins urgentistes, médecins des soins intensifs, médecins généralistes, pharmaciens, infirmières». Une petite proportion des appels émane également d’autres acteurs comme la police, les pompiers ou les instituteurs.
### Les Enfants : Cibles Fréquentes des Intoxications
Les enfants constituent une part importante des victimes d’intoxications. Bien que la majorité des expositions concernent les adultes, « on a également une bonne proportion qui provient de victimes infantiles. Et parmi ces victimes infantiles, la majorité des victimes ont un âge entre 1 et 4 ans », détaille la pharmacienne. Cet âge correspond à une phase exploratoire où les jeunes enfants portent facilement des objets à la bouche. Les substances ingérées peuvent être diverses : « des médicaments, des plantes, des produits sourds, des corps étrangers ».
### Quand Faut-il Contacter le Centre ?
La question du “quand appeler” est cruciale. Faut-il attendre les symptômes ? Sarah Assaf est catégorique : « Il vaut mieux contacter dès qu’on suspecte de l’intoxication potentielle. » Elle ajoute : « Il ne faut surtout pas attendre, notamment parce qu’on peut justement, prendre en charge l’intoxication ou l’intoxication suspectée assez rapidement, notamment en décontaminant ou bien en proposant des mesures préventives pour éviter l’intoxication ou le risque d’intoxication. » Une double prise d’un antidouleur classique ne justifie pas toujours un appel, mais toute suspicion d’exposition à un produit dangereux oui.
### Pourquoi une Telle Augmentation des Appels ?
Le nombre d’appels en 2025 approche les chiffres records de la pandémie de 2020. Plusieurs facteurs expliquent cette hausse. « Je pense que tout simplement la population belge grandit et donc on voit une croissance dans les chiffres », analyse Sarah Assaf. De plus, « il y a de plus en plus de produits également sur le marché. Il y a des nouveaux médicaments, des nouveaux produits. »
Un facteur plus récent et inattendu est l’intelligence artificielle. « Récemment, on a constaté aussi une augmentation du nombre d’appels liés à l’intelligence artificielle qui ne va pas forcément nuancer et va renvoyer par prudence également directement vers le centre antipoison.» Le Centre Antipoison étudie actuellement l’impact de ces renvois pour mieux comprendre leur volume.
### Les Principales Sources d’Intoxication
Les produits en cause sont variés et souvent présents dans nos foyers. Ils comprennent : * Les médicaments (erreurs de dosage, accès par des enfants, accidents dans les institutions). * Les produits d’entretien (notamment les tablettes de lave-vaisselle et capsules de lessive qui « ressemblent à des bonbons ». * Les produits divers de la vie quotidienne (cosmétiques, alimentation, compléments alimentaires, huiles essentielles). * Les produits biocides (désinfectants, rodenticides, insecticides). * Les organismes vivants (piqûres d’insectes, champignons, plantes).
Les erreurs médicamenteuses peuvent provenir d’un enfant accédant aux médicaments des parents ou de confusion chez les personnes âgées.
### Premiers Gestes en Cas d’Intoxication
Face à une intoxication, certains réflexes sont à proscrire. « Boire du lait, non, ça ne m’aide pas forcément. C’est une croyance qui existe encore beaucoup au niveau de la population, mais ça n’est pas un antidote de boire du lait. » Le conseil universel de Sarah Assaf est simple et efficace : « Dès qu’on est exposé à un produit chimique, si c’est de la poudre, on retire la poudre en premier temps et on peut toujours rincer à l’eau. Que ce soit au niveau de l’œil ou de la peau, c’est un conseil général qu’on peut donner. Il n’y a pas de contre-indication à rincer avec de l’eau. » En cas d’ingestion, rincer la bouche à l’eau et contacter le Centre Antipoison.
### Conseils Préventifs Essentiels
Pour limiter les risques, surtout chez les enfants, les précautions sont de mise : « Bien stocker ces produits en hauteur ou dans une armoire bien fermée ou inaccessible aux enfants, que ce soit les produits chimiques, les produits d’entretien ou les médicaments, évidemment. » Il en va de même pour les cigarettes électroniques et, spécifiquement, les piles, en particulier les piles bouton, qui peuvent entraîner des conséquences graves en cas d’ingestion.
Le Centre Antipoison est joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, au 070-245-245. Des informations utiles sont également disponibles sur leur site web : centreantipoison.be. Un réflexe salvateur pour la sécurité de tous.








