L’invité du jour — Emmanuel Ricard — Vape : 7 Français sur dix disent « Non ! » dans les espaces sans tabac

La perception de la cigarette électronique évolue rapidement et, avec elle, le soutien du public à une réglementation plus stricte. Alors que la vape a longtemps été présentée comme une alternative moins nocive au tabac, ses risques pour la santé et son rôle dans l’addiction des jeunes sont de plus en plus mis en lumière, suscitant une forte demande d’interdiction dans les lieux déjà sans tabac.
Un sondage récent révèle que 7 Français sur dix sont favorables à l’interdiction de la vape dans les espaces où il est déjà proscrit de fumer. Cette tendance marque un tournant dans la perception publique de ce produit, soulignant une prise de conscience accrue des dangers potentiels associés au vapotage.
Les dangers cachés de la vape
Emmanuel Ricard, médecin en santé publique et directeur de la prévention à la Ligue contre le cancer, met en garde contre l’idée reçue selon laquelle la vape serait inoffensive. « L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a tiré l’attention sur le fait que les produits qui sortent de la vapoteuse ne sont pas de la vapeur d’eau », explique-t-il. Il précise : « il y a des particules fines, il y a des produits qui sont issus du chauffage et de la combustion selon le degré d’intensité du chauffage qui peut y avoir, qu’il y a des métaux lourds qui peuvent se dégager et que tout ceci réuni peut provoquer des atteintes respiratoires, des atteintes cardiovasculaires et l’exposition à des produits cancérogènes. »
Cette révélation change la donne pour l’opinion publique. « Je crois qu’il y a une compréhension de cette difficulté à évaluer les risques réels avec une vraie inquiétude sur est-ce que ce produit est aussi anodin qu’on veut bien nous le faire croire », analyse Emmanuel Ricard. Il ajoute que « les gens commencent à comprendre que la nicotine est un vrai produit qui inscrit une dépendance ».
Protéger les non-fumeurs et les jeunes
L’extension de la réglementation à la vape poursuit un double objectif : protéger l’entourage des vapoteurs et éviter que la cigarette électronique ne devienne une porte d’entrée vers le tabagisme, notamment pour les jeunes. « Quand on a fait nous des mesures avec des instruments pour évaluer les particules fines qui peuvent sortir, on voit qu’il y a une exposition aux particules fines », témoigne Emmanuel Ricard. Il observe que les passants « voient bien qu’ils se prennent un nuage et que le respirer n’est pas que de l’eau. »
L’enjeu est aussi de lutter contre la banalisation de la vape qui, selon le directeur de la prévention de la Ligue contre le cancer, maintient une double addiction : « L’addiction à la nicotine qui est pharmacologique mais aussi l’addiction aux gestes puisque la reproduction du geste pour le cerveau participe à la dépendance. »
L’industrie du tabac recycle ses stratégies
La Ligue contre le cancer dénonce les stratégies marketing agressives de l’industrie du tabac, qui réplique avec la vape les méthodes utilisées autrefois pour le tabac. « L’industrie du tabac est en train de reproduire exactement ce qu’elle a fait avec le tabac, avec le vapotage, parce qu’elle veut enfermer les gens dans une dépendance à la nicotine », alerte Emmanuel Ricard. Ces stratégies incluent la publicité ciblée sur les jeunes, les saveurs aromatisées, des emballages « très fun » et le lancement de « modes » pour capter de nouveaux publics.
Face à cela, les professionnels de santé appellent à des mesures similaires à celles qui ont fait leurs preuves contre le tabac : le paquet neutre, la régulation des prix et l’extension des espaces sans fumée. « Nous, on ne veut pas que, parce que ça n’est pas interdit, ce soit autorisé et donc on relance la même guerre qu’on a faite avec les mêmes armes », conclut Emmanuel Ricard, insistant sur la nécessité de « dénormaliser ces pratiques. » La lutte contre le tabagisme et ses nouvelles formes s’annonce comme un combat de longue haleine, nécessitant une adaptation constante des politiques publiques.








