L’invitée du jour — Sonia Elmlinger — Hausse des cotisations santé : Un fardeau croissant pour les Français et un système en déséquilibre

Alors que l’annonce d’une nouvelle augmentation des cotisations de complémentaires santé en 2026 inquiète les Français, un débat de fond s’installe sur le coût et l’avenir de la protection sociale. Derrière cette actualité, des experts pointent un déséquilibre croissant du système, marqué par un transfert progressif des charges vers les assurés.
Sonia Elmlinger, cofondatrice de Lilycare, a été invitée pour éclairer cette problématique. Selon elle, cette hausse n’est pas un phénomène ponctuel, mais bien une tendance de fond, reflétant des enjeux structurels profonds.
Des causes multiples et profondes
« C’est un phénomène structurel qu’on voit depuis plusieurs années », affirme Sonia Elmlinger, qui identifie plusieurs facteurs majeurs expliquant cette envolée des coûts :
1) Le vieillissement de la population : « Forcément, plus on avance en âge, plus le coût de la santé va être important. »
2) L’innovation médicale : « Aujourd’hui la technologie, tout ça coûte quand même beaucoup plus cher. »
3) L’explosion des maladies chroniques : « On en a parlé récemment, des diabètes, etc. ce genre d’infection. »
4) Le désengagement de la Sécurité sociale : « Le désengagement de l’État qui a tendance à transférer les charges vers les complémentaires santé, qui, elles, doivent compenser ce désengagement de l’État. »
Malgré un encadrement légal, les tarifs continuent de grimper. Pour Sonia Elmlinger, la principale raison de cette difficulté à contenir durablement les coûts réside principalement dans un manque d’anticipation : « Je pense malheureusement qu’on n’a pas suffisamment anticipé. Et donc, on est en train aujourd’hui de se reporter de plus en plus sur les assureurs, les complémentaires santé. » Elle ajoute : « Par exemple on n’a pas assez travaillé sur la prévention. Donc forcément, on le paie un jour et aujourd’hui c’est purement factuel et purement financier. »
Protection Sociale : collective ou individuelle ?
La question se pose désormais de savoir si la protection sociale doit encore être considérée comme un cadre collectif ou si elle s’achemine vers une responsabilité de plus en plus individuelle. Pour Sonia Elmlinger, « on est encore dans un système qui est assez protecteur. Il faut quand même se dire que la Sécurité sociale couvre sur la partie santé presque 70% des soins les plus graves. »
Toutefois, elle tempère cette vision en soulignant l’importance croissante des complémentaires santé, particulièrement pour certaines catégories de la population. Les entreprises, par exemple, sont appelées à « mettre la main à la poche pour financer cette protection sociale de leurs salariés. » Quant aux indépendants, ils doivent plus que jamais prendre en main leur propre couverture sociale.
Les indépendants, particulièrement vulnérables
Les travailleurs non salariés (TNS) sont, selon Sonia Elmlinger, « plus vulnérables parce que leur protection sociale est plus faible. » Si l’alignement avec les salariés est effectif sur la partie santé grâce à la Sécurité sociale, c’est sur la prévoyance que le bât blesse. « Là où il y a vraiment un trou dans la raquette, si je peux m’exprimer ainsi, c’est sur la partie prévoyance. »
La prévoyance couvre trois principaux risques : l’arrêt de travail, l’invalidité et le décès. « Si je suis en arrêt de travail d’une maladie, un accident, une hospitalisation, je vais avoir une perte de revenu. Donc comment je pallie, je vais pallier cette perte de revenu et comment je compense pour ne pas me retrouver en difficulté mais aussi mettre en difficulté ma famille. »
Une protection sociale insuffisante peut même mettre en péril l’activité professionnelle d’un indépendant. « Un tiers des entreprises qui disparaissent en France est dû à une indisponibilité temporaire ou définitive du chef d’entreprise », alerte Sonia Elmlinger.
Adapter sa couverture pour limiter les risques
Face à cette réalité, adapter sa couverture sociale devient un enjeu stratégique. Pour les indépendants, les deux points faibles majeurs sont la prévoyance et la retraite. Pour y remédier, Sonia Elmlinger préconise la souscription de contrats de complémentaire prévoyance. Ceux-ci permettent de « compenser et en plus de faire du sur-mesure, parce qu’un indépendant, comme son nom l’indique, il est indépendant. Donc il va pouvoir construire sa propre protection sociale en fonction de ses besoins. »
La loi Madelin offre par ailleurs des avantages fiscaux non négligeables. Elle permet aux indépendants de « se construire sa propre protection sociale avec des contrats indépendants et de pouvoir déduire fiscalement ces primes avec des montants assez importants puisqu’on est entre 11 000 euros par an pour la prévoyance et presque 40 000 euros pour la retraite. »
En conclusion, la protection sociale n’est plus seulement aujourd’hui un filet de sécurité ; elle devient un enjeu stratégique, particulièrement dans un environnement économique incertain.








