L’invitée du jour — Valérie Duval-Poujol alerte face aux violences faites aux femmes

Les violences faites aux femmes constituent une violation des droits humains d’une ampleur planétaire. Valérie Duval-Poujol, théologienne et vice-présidente de la Fédération protestante de France, nous alerte sur l’urgence d’agir, rappelant lors de la 70e commission de la condition de la femme à l’ONU qu’au rythme actuel, il faudrait trois siècles pour atteindre une pleine égalité. Un constat dramatique qui appelle à une mobilisation générale. L’engagement de Valérie Duval-Poujol, fondatrice de l’association « Une Place pour Elles », s’inscrit au cœur de la lutte contre les violences conjugales. Interrogée sur la définition de ces violences aux multiples visages, elle met en lumière leur caractère protéiforme et mondialisé. « Si on continue à ce rythme-là, il faudrait 300 ans pour qu’il y ait une pleine égalité entre les hommes et les femmes », a précisé le secrétaire général de l’ONU, rappelant le « continuum de violence envers les femmes et les filles. Ce continuum s’étend de l’élimination des fœtus féminins en Asie, à l’excision, aux violences sexuelles, à l’accès inégal à l’éducation et à la justice, sans oublier l’écart salarial dans les pays développés. Près de deux tiers des femmes déclarent avoir subi des violences, souvent dans leur entourage proche. » L’état des lieux dressé par Valérie Duval-Poujol révèle l’étendue du problème à l’échelle mondiale et nationale, car oui, la violence est omniprésente, même en France. « 12 millions de jeunes femmes connaissent un mariage forcé avant leurs 18 ans. 6 000 petites filles sont excisées par jour, je dis bien par jour. Une adolescente sur trois est engagée dans une relation où il y a de la violence. 80 % des femmes ou filles en situation de handicap ont connu des violences sexuelles. » Ces violences, souvent invisibles, ne sont pas toujours physiques. Les violences psychologiques, bien que ne laissant pas de traces physiques, sont particulièrement dévastatrices et entraînent des dégâts profonds et souvent ignorés. « Pendant longtemps, on appelait les femmes victimes de violences conjugales “les femmes battues”. On pensait qu’il n’y avait que la violence physique qui comptait. Pourtant, l’emprise, l’humiliation, la déstabilisation, la critique et l’isolement sont autant de formes de violences psychologiques qui dévastent et doivent être dénoncées au même titre que les violences physiques. » L’inconscient populaire associe souvent la violence à des lieux publics et à des inconnus. Cependant, la réalité est tout autre. Le foyer reste en effet le lieu de la violence la plus fréquente. « Le plus grand nombre de violences, c’est au sein de la maison, au sein du foyer. Toutes les 11 minutes dans le monde, une femme, une fillette meurt de la violence d’un partenaire intime ou d’un membre de sa famille. En France, les féminicides sont le haut de l’iceberg de cette violence domestique au sein des foyers. Tous les deux jours et demi, une femme meurt sous la violence de son conjoint, de son partenaire. » Ces statistiques montrent que les lieux censés être les plus sûrs, comme la famille, sont paradoxalement ceux où la violence est la plus fréquente. Lors de la Commission de la Condition de la Femme à l’ONU, Valérie Duval-Poujol est intervenue en tant que croyante, soulignant le lien complexe entre la foi chrétienne et la lutte contre les violences faites aux femmes. Si cette foi est une ressource pour les victimes, elle peut aussi devenir un facteur aggravant. « Si la foi peut être une ressource et un réconfort pour les victimes, certains enseignements peuvent aussi devenir des facteurs aggravants. Les concepts de soumission de la femme, de pardon à bon marché, le manque d’éducation sexuelle ou le peu d’enseignements sur le consentement ont pu rendre plus difficile pour les victimes de dénoncer ces violences. Il s’agit dès lors de les dénoncer, de les identifier afin de libérer la parole mais surtout de libérer l’écoute envers les victimes. » Pour Valérie Duval-Poujol, les Églises et les croyants ont un rôle fondamental à jouer dans ce combat. « On devrait se sentir concernées. Ce sont nos sœurs, nos voisines, celles qui viennent à l’église avec nous et celles qui sont dans nos familles. On devrait tous, toutes connaître le numéro par cœur des violences faites aux femmes : le 3919, mettre des affiches dans nos lieux d’église et parler du sujet. Ce n’est pas une fatalité. Là où il y a une volonté, il y a un chemin et on peut réellement faire baisser les chiffres dramatiques de la violence. Une femme croyante sur quatre est victime de violence conjugale. Il est vraiment temps que les églises se mobilisent. » S’adressant directement aux femmes concernées par ces violences, Valérie Duval-Poujol les encourage à agir et leur adresse un message d’espoir. « Elles peuvent oser faire ce numéro 3919 où des gens formés pourront recueillir leurs paroles et puis les aiguiller vers des associations d’aide qui pourront les accompagner à trouver un logement d’urgence ou à porter plainte. Osez en parler à une personne de confiance autour de vous. Sachez que vous avez raison de dénoncer. La violence n’est pas une situation normale. Vous êtes dans votre droit de dénoncer cette violence. »








