L’invité du jour — Sébastien Leroy : pourquoi l’audition inquiète un Français sur deux — comprendre, dépister, protéger

Écoute prolongée au casque, environnement urbain bruyant, vieillissement de la population… Nos oreilles n’ont jamais été autant sollicitées. Résultat : aujourd’hui, un Français sur deux se dit inquiet pour son audition.
Un chiffre qui interroge — et qui révèle une prise de conscience tardive, mais nécessaire.
Pour comprendre les origines de cette inquiétude, les risques réels et les solutions existantes, j’ai reçu Sébastien Leroy, porte-parole et responsable de projets à l’Association nationale de l’audition (ANA).
Pourquoi l’audition devient un sujet majeur de santé publique
Selon Sébastien Leroy, ce regain d’intérêt n’est pas dû au hasard :
« Le niveau de connaissance sur les incidences des troubles de l’audition, notamment sur le fonctionnement du cerveau, est beaucoup plus élevé aujourd’hui. Les Français sont mieux informés, donc plus conscients de l’importance de leur audition dans leur équilibre de santé. »
En d’autres termes, nous comprenons enfin que l’audition ne concerne pas seulement les oreilles : elle touche la mémoire, la concentration, la connexion aux autres, et même le vieillissement cognitif.
Un Français sur deux inquiet : d’où vient ce chiffre ?
S’agit‑il d’une explosion des cas, ou d’un changement de regard ?
Pour Sébastien Leroy, c’est un mélange des deux, mais surtout :
« Il y a un niveau d’information qui augmente depuis 30 ans, et un niveau de conscience bien plus élevé. Les gens parlent davantage de leurs difficultés auditives, au travail, avec leurs proches. Et ils savent désormais qu’une perte auditive doit être prise en charge médicalement pour préserver la santé du cerveau. »
La parole se libère.
Et les enjeux deviennent plus clairs.
Informer, prévenir, dépister : comment agit l’Association nationale de l’audition ?
L’ANA mène chaque année de vastes campagnes nationales.
Leur stratégie repose sur trois piliers :
1. Informer largement via leur site, les médias, les journalistes… et les radios comme PHARE FM.
2. Organiser des dépistages partout dans les CHU, chez les audioprothésistes adhérents, dans les mutuelles, les services de santé au travail…
3. Intégrer le réflexe du dépistage
Un point essentiel pour Sébastien Leroy :
« On n’a pas encore le réflexe de faire tester son audition, surtout quand on a moins de 60 ans. Pourtant, on le fait pour les dents, la vue, la nutrition… L’audition devrait en faire partie. »
Le dépistage ne doit plus être un acte exceptionnel.
Mais un geste de santé simple et régulier.
Les troubles auditifs évoluent lentement : un piège
Ce qui rend le dépistage difficile, c’est la lente progression de la perte auditive.
« 88 % des personnes deviennent malentendantes au cours de la vie. Entendre est toujours possible… mais ce qui est perdu ne se remplace pas. Et ce manque empêche le cerveau de bien décoder l’information. »
On peut entendre… mais ne plus comprendre.
Un phénomène très trompeur.
À quel moment faut-il faire tester son audition ?
La réponse de Sébastien Leroy est claire :
« Idéalement, il faut faire un bilan régulièrement, comme on le fait pour les dents ou la vue. Et dès le moindre doute — difficultés avec la télévision, la radio, les conversations, notamment en groupe — il ne faut pas hésiter. »
Le cerveau est malin : il compense longtemps.
Trop longtemps parfois.
Vers un changement national de mentalité ?
Ce que souhaite l’ANA pour les années à venir, c’est une transformation culturelle :
« Il est important que la santé auditive fasse partie de la santé globale. Elle impacte le lien aux autres, les performances cognitives, la vie sociale, le bien-vivre à tout âge. Nous devons éviter les situations où des seniors restent isolés à cause d’une surdité non compensée. »
Bien entendre, c’est bien vivre.
Bien vieillir aussi.
Protéger son audition, c’est protéger sa relation aux autres
Les troubles auditifs ne concernent pas seulement l’oreille.
Ils concernent :
- la mémoire
- l’attention
- les relations sociales
- la qualité de vie
- le vieillissement du cerveau
Se faire dépister régulièrement, c’est :
- préserver sa vitalité
- rester connecté à ceux qu’on aime
- éviter l’isolement
- maintenir la santé cognitive
- agir avant qu’il ne soit trop tard
Prendre soin de son audition, c’est prendre soin de soi — aujourd’hui, et pour longtemps.








