L’invitée du jour — Jodie Soret : « Ce qui est invisible n’est ni protégé, ni priorisé » – L’UNICEF dévoile la première photographie nationale des droits de l’enfant

L’UNICEF France publie pour la première fois une photographie nationale consolidée des droits de l’enfant, produite par son nouvel Observatoire des droits de l’enfant. Ce rapport inédit révèle une réalité encore trop méconnue : en France, des milliers d’enfants échappent aux statistiques publiques, et donc à la protection qui devrait leur être garantie.
Invitée sur PHARE FM, Jodie Soret, responsable du plaidoyer et des programmes à UNICEF France, revient sur les enjeux majeurs révélés par cette absence de données et sur la vocation de cet observatoire à transformer les politiques publiques.
Des enfants « invisibles » car absents des chiffres officiels
Plusieurs groupes d’enfants restent sous-documentés :
- enfants pauvres,
- enfants non scolarisés,
- enfants en situation de handicap,
- mineurs non accompagnés,
- enfants vivant dans les Outre-mer.
Selon Jodie Soret, ce manque de données est particulièrement préoccupant :
« Il est très difficile de construire des politiques publiques quand on ne sait pas combien d’enfants sont hors de l’école ou exposés à des risques pour leur santé. »
Les pouvoirs publics se basent souvent sur les données les plus faciles à collecter. Les familles éloignées des services publics, elles, ne sont tout simplement pas vues — et donc pas prises en compte.
Des réalités qui alertent sur l’état des droits de l’enfant
Le rapport met en lumière des chiffres alarmants :
- 32 000 enfants sans domicile,
- 23 % d’enfants qui ne mangent pas trois repas par jour,
- Des milliers d’enfants non scolarisés.
Ces constats montrent que, même dans un pays favorisé, les besoins restent immenses. Les données manquantes empêchent de déployer des solutions réellement adaptées, notamment pour les situations les plus sensibles comme l’alimentation ou l’accès à l’éducation.
Un observatoire conçu comme un outil opérationnel
Au-delà du diagnostic, l’Observatoire des droits de l’enfant se veut un levier d’action pour les décideurs, en révélant à la fois :
- ce que l’on sait,
- ce que l’on ignore,
- et les angles morts des politiques actuelles.
Pour obtenir une vision complète, l’UNICEF insiste sur la nécessité d’aller vers les enfants les plus marginalisés, via des associations de terrain ou des enquêtes directes menées par l’État.
S’y ajoute un impératif : donner la parole aux enfants eux-mêmes.
« Les enfants savent très bien décrire leur quotidien. Leur regard est précieux pour construire des politiques adaptées. »
Quand la donnée devient une protection
L’absence d’informations peut laisser un enfant dans une situation de violation de ses droits… sans aucune intervention possible.
« Sans données sur ce que vit un enfant, il est très probable que sa situation ne soit jamais réglée. »
Rendre chaque enfant visible, c’est donc poser les bases d’une meilleure protection.








