L’invitée du jour — Françoise Caron : vers une France sans réseaux sociaux pour les ados ?

Adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 26 janvier dernier, la proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans arrive dans un contexte où l’on s’inquiète de plus en plus des effets du numérique sur la santé mentale des jeunes. Le cap est fixé, la France se dirige vers une interdiction formelle pour cette tranche d’âge dès la rentrée 2026. Françoise Caron, présidente de la Fédération nationale des Associations familiales protestantes, nous aide à comprendre les objectifs et les limites de cette mesure. Cette proposition de loi veut notamment répondre aux craintes liées à l’exposition des jeunes à des contenus violents ou inadaptés, ainsi qu’aux mécanismes de captation de l’attention comme le scroll infini ou la surstimulation. Quels bénéfices le gouvernement espère-t-il pour la santé mentale des adolescents ? Ces contenus toxiques ont un impact sur la vie quotidienne ou encore les actes des adolescents. Si l’on arrivait à protéger nos enfants par cette interdiction, il y aurait un réel bénéfice en termes de concentration. Cette loi soulève un certain nombre de réserves. En matière de faisabilité, comment faire pour ne pas tomber dans une surveillance massive ni porter atteinte aux libertés individuelles ? Se pose également la question du dialogue au sein des familles, de la prévention et de ce qui va se passer après 15 ans, une fois l’interdiction aux réseaux sociaux levée. Ce projet contient beaucoup de pistes de travail mais peu de réponses réelles quant à sa faisabilité. C’est peut-être ce qui est le plus inquiétant. Nous alertons sur les dérives possibles qui permettraient d’identifier l’âge des mineurs, qui ils sont, où ils sont. Cette traçabilité pourrait être utilisée à des fins qui nous inquiètent. Le tout interdit pose aussi problème dans ce que cela transmet aux parents, qui sont les premiers éducateurs des enfants et qui ont là une vraie responsabilité d’accompagnement et de soutien. Il est important de soutenir les parents, de les responsabiliser pour qu’il y ait une vraie éducation numérique. Au fond, en interdisant, on met les parents dans une situation extrêmement difficile, alors que tout a été mis en place pour que nos ados puissent avoir accès au vaste monde des réseaux sociaux. Cette interdiction renvoie les parents à une forme d’incapacité et d’impuissance. On les prive d’un soutien qui doit leur permettre, dès le plus jeune âge de leurs enfants, d’être à leurs côtés pour apprendre à vivre en société tout en se protégeant. La sensibilisation, la prévention et l’accompagnement valent plus que toutes les interdictions. Je crois qu’il ne faut pas uniquement leur interdire ni diaboliser les réseaux sociaux, mais plutôt accompagner les enfants à en découvrir tous les dangers. Il y a là, pour nos États, nécessité absolue de travailler avec ceux qui donnent accès, produisent, ou permettent à tant de choses toxiques d’être disponibles de façon large. Et puis, soyons honnêtes, souvent ce qui est toxique pour les ados, l’est aussi pour les adultes. Il y a vraiment besoin d’une régulation plus que des interdictions d’accès. C’est-à-dire que si la vitrine est vide, personne n’est tenté de la casser pour en voler le contenu. Le travail doit véritablement se faire dans l’envers du décor.








