L’invité du jour — Denis Montard : virage serré pour la pratique du vélo

Le vélo apparaît aujourd’hui comme une évidence dans les mobilités du quotidien. Il est à la fois bon pour la santé, économique et écologique. Encouragée par les politiques publiques, cette pratique en apparence positive ne reflète pourtant pas toujours l’expérience réelle des cyclistes sur la route. Denis Montard, fondateur de Materiel-velo.com, nous explique les raisons qui poussent les utilisateurs à troquer la voiture contre le vélo, de belles motivations qui coexistent pourtant avec un certain nombre de contraintes rencontrées par les cyclistes. Les raisons pour la pratique du vélo sont assez multiples. Les cyclistes y trouvent principalement un intérêt pour la santé. C’est également un moment de détente et un gain de temps, puisque c’est se déplacer parfois plus rapidement qu’avec la voiture. C’est agréable et cela permet de réduire son impact environnemental. Le vélo peut paraître idyllique, mais les cyclistes sont quand même confrontés à pas mal de difficultés. Le problème numéro un, c’est la circulation et la peur du trafic. Le vélo est plutôt pour les courtes distances, donc on est souvent dans des zones urbaines, avec beaucoup de circulation. La cohabitation avec les automobiles n’est pas simple. Autres problèmes : le sentiment d’insécurité avec le comportement des divers usagers, ainsi que des contraintes plus personnelles liées à la météo, au port du casque, au manque d’éclairage ou à la nécessité de trouver un endroit où garer son vélo. Il y a quand même pas mal de petits freins à la pratique du vélo. Alors que les cyclistes ont conscience des risques lorsqu’ils circulent à vélo, on constate pour nombre d’entre eux une absence d’équipement de sécurité. Denis Montard nous explique ce paradoxe. Aujourd’hui, le casque n’est pas obligatoire pour les adultes. On voit d’ailleurs que seuls 67 % des cyclistes déclarent porter un casque de façon régulière. Cela veut dire que plus d’un tiers des personnes n’en portent pas. Ce chiffre diffère entre les hommes et les femmes : il concerne 30 % des hommes et 36 % des femmes. Parmi les raisons invoquées, on trouve le fait que le casque soit inconfortable, le problème de logistique : que fait-on du casque une fois qu’on a fini son trajet, la peur d’être décoiffé ou d’arriver en transpirant. Pourtant, c’est vraiment quelque chose qui peut vous sauver la vie. Le jour où vous tombez, ne serait-ce qu’à l’arrêt, la tête la première par terre, si vous n’avez pas de casque, cela peut être dramatique. L’éclairage, quant à lui, est obligatoire uniquement la nuit, en cas de brouillard ou de visibilité réduite. Pourtant, j’invite tout le monde à avoir des lumières et à les allumer dès que possible. Ça améliore grandement la visibilité, même de jour. De même pour le port de gants, qui évite des problèmes en cas de petite chute. Si les cyclistes hommes et femmes ont un rapport différent aux équipements de sécurité, ils n’ont pas non plus la même expérience ni le même ressenti face aux autres utilisateurs de la route. Des mesures pourraient toutefois être mises en place pour faire du vélo une expérience accessible, positive et égalitaire. On voit que notre clientèle est très masculine. C’est intéressant d’essayer de comprendre pourquoi on a beaucoup plus d’hommes sur les vélos que de femmes. On a pu voir qu’il y a des freins supplémentaires pour les femmes, qui font qu’elles pratiquent moins ou qu’elles ont abandonné la pratique du vélo. On constate qu’il y a plus de comportements de harcèlement ou d’intimidation envers les cyclistes féminines, notamment des violences verbales et sexistes. Quelques cas de violences physiques ont également été recensés. C’est le genre de choses qui fait qu’un certain nombre de femmes ont décidé d’arrêter la pratique du vélo parce qu’elles ne se sentaient pas en sécurité. Pour améliorer la situation des cyclistes, on pourrait commencer par améliorer les infrastructures, à savoir des pistes cyclables mieux aménagées, pour plus d’espace. Ensuite, la société et les comportements doivent également évoluer petit à petit. Cela dit, je pense qu’en ce moment, ça va dans le bon sens. Denis Montard partage ses conseils à la fois aux automobilistes et aux cyclistes, pour leur permettre de partager au mieux la route. Si je me place du côté conducteur automobile, il faut penser à partager la route, à se mettre à la place du cycliste, comprendre qu’il est très vulnérable et très fragile et que la moindre chute peut être vraiment dramatique. Il faut donc faire attention, anticiper les dépassements, laisser des distances raisonnables et partager la route. Après, si je me mets du côté cycliste, que je suis également aussi, il est nécessaire de respecter les règles et de ne pas créer des situations de danger. Je pense entre autres au respect du code de la route. Il y a certains feux ou certains carrefours aménagés pour les cyclistes, où on a l’autorisation de passer le feu rouge. Mais ce n’est pas le cas de tous. Donc bien respecter le code de la route et bien s’équiper. Pour moi, le casque est indispensable. Et puis profitez du vélo. C’est un moment de détente, qui est bon pour la santé. Donc, prenez votre temps, anticipez et profitez du moment.







