Michael Mutzner – Elections au Conseil des droits de l’Homme

Grain de sel/poivre ?
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Michael Mutzner - Elections au Conseil des droits de l’Homme
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Aujourd’hui notre chroniqueur est Michael Mutzner, représentant permanent de l’Alliance évangélique mondiale auprès de l’ONU.

 

PHARE FM : La semaine dernière, l’Assemblée générale de l’ONU à New York a élu 15 nouveaux membres au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, dont la Chine, la Russie ou encore Cuba. Cette décision critiquée dans les médias et par les ONG, est-ce qu’elle vous scandalise, Michael Mutzner?

Michael Mutzner : Je dirais tout d’abord que ce n’est pas nouveau et que ce n’est pas non plus une surprise. Les surprises, il y en a eu d’autres, et elles étaient plutôt positives. En ce qui concerne la Chine, Cuba et la Russie, ils ont souvent été membres du Conseil des Droits de l’Homme au cours de ces dernières années. La présence de ces Etats au sein de l’organe onusien en charge de la promotion et de la défense des droits de l’Homme ne représente donc rien de nouveau sous le soleil.

 

PHARE FM : D’accord, mais lorsque le Conseil des droits de l’Homme a été créé en 2006, n’était-ce pas justement pour éviter que cet organe ne soit paralysé par des Etats peu respecteux des libertés fondamentales?

Michael Mutzner : Sur le papier, c’est vrai que l’Assemblée générale de l’ONU n’est sensée élire que les bons élèves. Elle est surtout aussi obligée de respecter une juste représentation des différentes régions du monde. Le but est d’avoir un organe représentatif. Mais ce qui est déterminant et qu’il faut comprendre, c’est qu’on est face à une instance dans lequel sont élus des Etats, par d’autres Etats. Contrairement à d’autres organes de l’ONU qui sont composés d’experts, et qui sont indépendants, ici, on a à faire à un organe politique. 

L’avantage, c’est que le Conseil des droits de l’Homme a beaucoup de poids, car ce sont les détenteurs de l’autorité régalienne qui y participent. Il a par exemple autorité pour mandater des missions d’enquêtes dans les pays. 

 

PHARE FM : Et les désavantages c’est donc que qu’il dépend de la bonne volonté d’Etats qui vont agir en fonction des intérêts de leur politique étrangère.

Michael Mutzner : Oui exactement. Il faut tout simplement admettre cette réalité et ne pas se faire d’illusion. Le Conseil des droits de l’Homme reflète simplement la réalité des rapports de force au sein de la communauté internationale. Mais malgré ces limites, le Conseil des droits de l’Homme fait aussi un travail très utile. Et le fait d’être élu ne met pas forcément l’État à l’abri de la critique.

 

PHARE FM : Vous avez un exemple ?

Michael Mutzner : Oui : le Conseil a initié un rapport sur les violations des droits de l’Homme aux Philippines alors que ce pays est membre du Conseil. 

 

PHARE FM : En début de chronique, vous évoquiez aussi de bonnes surprises dans le cadre de ces élections. Vous pouvez nous en dire plus?

Michael Mutzner : Souvent, chaque région négocie d’abord à l’interne pour se mettre d’accord sur les Etats qui se présenteront comme candidats et au final, il y a le même nombre de candidats que de sièges disponibles. Par exemple pour l’Europe, il y avait deux places vacantes… et deux candidats: la France et le Royaume-Uni, qui ont bien sûr tous deux été élus. Les ONG plaident depuis longtemps pour que les Etats présentent plus de candidats, afin d’avoir un processus plus compétitif où les moins bons élèves ne sont pas récompensés. La bonne surprise, c’est que pour la région Asie-Pacifique, il y a eu 5 candidats pour 4 sièges, ce qui a permis à la candidature de l’Arabie Saoudite d’être recalée. Un message fort adressé à un Etat qui pensait pouvoir s’en prendre impunément à Jamal Kashoggi, ce journaliste assassiné en 2018. Deuxième bonne surprise: le score relativement faible de la Chine, élue avec seulement 139 voix, là où elle en obtenait encore 180 il y a 4 ans. Là aussi, c’est un avertissement adressé à un gouvernement qui se montre de plus en plus agressif dans sa politique intérieure et extérieure. Le bilan de cette élection n’est donc pas entièrement négatif. Ce qui me frappe au contraire, c’est que des Etats puissants comme la Chine et la Russie estiment que faire partie de ces organes est la meilleure stratégie pour y protéger leurs intérêts. Cela démontre l’importance stratégique de ces instances mais aussi la nécessité pour des acteurs représentant la société civile, d’y participer activement.