Grain de sel ou grain de poivre du 18 mai 2020 – Ludvine Schmitz – Crise économique et politique monétaire européenne

Grain de sel ou grain de poivre du 18 mai 2020 – Ludvine Schmitz – Crise économique et politique monétaire européenne
Grain de sel/poivre ?

 
 
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CHRONIQUEUR : Bonjour à tous. Nous parlons de la politique monétaire de haut vol mise en place par la Banque Centrale Européenne. L’Union Européenne se repose sur l’oreiller moelleux de la dette et aujourd’hui la somme devient colossale. Christine Lagarde veut acheter cette année plus d’un billion d’€ d’obligations. Un nombre avec 12 zéros.

PHARE FM : Et une question oppose les membres de l’Union Européenne, Ludvine: qui va payer?

CHRONIQUEUR : Oui Lisa/Nathanael, car nous avions déjà une crise de la dette, notamment avec les dettes grecque et italienne. Lorsque Christine Lagarde a hérité de la direction de la BCE en novembre 2019, elle a continué la politique de Mario Draghi. Suite à la pandémie de Covid-19,  les experts annoncent  la pire récession depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Mais Christine Lagarde rassure, affirmant, je cite, «nos banques sont beaucoup plus solides qu’en 2008». En 2007, peu de temps avant le démarrage de la crise des sub-primes aux USA, elle déclarait, je cite, «Le gros de la crise est derrière nous». Christine Lagarde n’est pas une économiste. Malgré tout, elle est devenue ministre de l’Economie en 2007 et, après l’affaire Adidas dans laquelle elle avait accordé plus de 400 millions d’€ de fonds publics à Bernard Tapie, a dirigé le FMI à partir de 2011.

PHARE FM : Ses promesses de stabiliser l’€ sont-elles réalistes?

CHRONIQUEUR : Disons que les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Le 7 mai 2020 le tribunal constitutionnel allemand a exigé des comptes de la BCE. Les juges veulent protéger le contribuable allemand et demandent à Christine Lagarde de prouver le bien-fondé de ses décisions. Certes l’épidémie de Corona amplifie la crise, mais elle révèle surtout que notre système économico-financier est un colosse aux pieds d’argile.

PHARE FM : La solution est-elle la solidarité européenne?

CHRONIQUEUR : Si elle consiste à faire payer les pays dits riches, du Nord de l’Europe pour ceux dits pauvres, du Sud, non. Car les pays riches voient leurs populations pauvres augmenter tandis que les familles riches des pays pauvres voient leur fortune s’accroître. Plutôt que de fustiger l’égoïsme des nations, il serait plus juste de fustiger l’égoïsme des privilégiés. L’hypocrisie, c’est qu’en Europe du Sud et du Nord, nombre de grandes fortunes et de bénéfices de grandes entreprises sont relativement peu mis à contribution. Ils profitent de niches fiscales ou partent à l’étranger. Au cœur de l’Union Européenne le Luxembourg est régulièrement épinglé par le tax financial network. Ce réseau place le Grand-Duché en 6ème position du financial secrecy index dénonçant l’opacité de sa juridiction fiscale. Les révélations LuxLeaks éclaboussèrent en 2014 l’ex-commissaire européen Jean-Claude Juncker pour ses activités d’aide à l’évasion fiscale.

PHARE FM : Mais revenons à Christine Lagarde. On entend souvent l’expression «Sans Euro pas d’Europe». La directrice de la BCE est-elle la clé de voûte de l’Union Européenne?

CHRONIQUEUR : Vous connaissez le verset du psaume 127: «Si l’Eternel ne bâtit la maison, les bâtisseurs bâtissent en vain; si l’Eternel ne veille  sur la ville, les veilleurs veillent en vain». Idem pour l’Europe. Si l’Eternel ne garde notre monnaie, Christine la garde en vain.