Grain de sel ou grain de poivre du 11 mai 2020 – Philippe Malidor – Etre quelqu’un de bien

Grain de sel/poivre ?
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Grain de sel ou grain de poivre du 11 mai 2020 - Philippe Malidor - Etre quelqu'un de bien
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Être quelqu’un de bien

PHARE FM : Philippe, aujourd’hui, pour votre chronique, vous avez décidé de ne pas parler du sujet dont tout le monde, dont le monde entier, parle. Alors, quel est votre sujet ?

CHRONIQUEUR : Mon sujet, c’est un très beau livre de la philosophe Laurence Devillairs, Être quelqu’un de bien, aux Presses Universitaires de France. Celui qui me l’a offert est vraiment quelqu’un de bien : c’est un vieux copain communiste, et cette philosophe est doyenne de la faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris ! Il y a des gens larges d’esprit !

PHARE FM : Alors, de quoi parle cet ouvrage ?

CHRONIQUEUR : Son sous-titre, c’est « Philosophie du bien et du mal ». En partant du western Trois enterrements, avec Tommy Lee Jones (excellent film que je vous recommande), elle parle, tout simplement, d’un sujet millénaire que tout le monde contourne sans oser l’aborder de front : la morale. C’est écrit avec beaucoup de fraîcheur, de simplicité, et de bon sens. Et elle part du constat que, même quand on dit : il n’y a pas de morale, tout se vaut, eh bien on fait déjà de la morale. Autrement dit, on n’y échappe pas !

PHARE FM : Est-ce que la morale ne tient pas d’un conditionnement social, éducatif, etc. ?

CHRONIQUEUR : Bien sûr qu’il y a de ça. Mais elle dit que « être, c’est se décider ». La morale nous renvoie toujours à nous-même, c’est un arbitrage entre moi et moi. Et une des choses les plus intéressantes du livre, c’est que la morale, quand on ne la fuit pas, est un acte de liberté.

PHARE FM : On a plutôt l’impression du contraire !

CHRONIQUEUR : Oui, mais c’est faux. Quand j’ai un comportement moral, c’est précisément que je veux échapper à ma pente naturelle, à ce qui pourrait me conditionner. Quand j’obéis à mon instinct, même si c’est pour faire le bien, ce n’est pas de la morale. Ça fonctionne, en automatique. Mais si par exemple je trouve par terre (c’est un exemple qu’elle prend) un billet de 50€, je vais devoir décider si je recherche son propriétaire, si je le porte au commissariat, ou bien si je le mets dans ma poche.

PHARE FM : Mais le bien et le mal, où sont-ils ?

CHRONIQUEUR : Elle semble dire que chacun a la notion de ce qui est bien ou pas bien. Évidemment, ça peut varier en fonction des contextes, mais personne n’est exempt de notion de bien et de mal. C’est ce qu’elle appelle « l’innocence impossible ». « Avant même que j’agisse, bien et mal sont là comme une vocation et une tentation », écrit-elle (p.35).

PHARE FM : Est-ce que le choix est toujours facile ?

CHRONIQUEUR : Non, pas toujours. Et là encore, Laurence Devillairs introduit une notion originale : quand on hésite, ce n’est pas une faiblesse ; c’est au contraire l’indice qu’on est en train de prendre une décision morale. On est dans une « interrogation éthique », on s’apprête à faire un choix, à agir comme un humain, c’est-à-dire pas comme un automate.

PHARE FM : Merci, Philippe, pour cet aperçu sur un sujet qui est utile en tout temps. Vous nous rappelez le titre ?

Laurence Devillairs, Être quelqu’un de bien, aux Presses Universitaires de France.