Grain de Sel ou Grain de Poivre ? du 10 février 2020 – Ludvine Schmitz – Les 7 plaies du Kenya

Grain de Sel ou Grain de Poivre ? du 10 février 2020 – Ludvine Schmitz – Les 7 plaies du Kenya
Grain de sel/poivre ?

 
 
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PHARE FM : L’ex –président Daniel Arap Moi étant récemment décédé, nous parlons aujourd’hui des 7 plaies du Kénya. Rappelez-nous rapidement la situation du pays, Ludvine.

Ludvine : Le Kénya compte 50 millions d’habitants répartis en 40 groupes ethniques et une cinquantaine de dialectes. Presque 80% des habitants sont chrétiens, environ 10% sont musulmans et 10% animistes. Le Kénya connut dans les années 50 la plus sanglante des guerres de décolonisation britanniques, la révolte des Mau Mau. Elle amena en 1963 Jomo Kenyatta au pouvoir, le père de l’actuel président de la République, Uhuru Kenyatta. Entre la présidence du père et celle du fils, Daniel Arap Moi fut 24 ans à la tête de l’Etat.

PHARE FM : Seulement 3 présidents de la République en 57 ans? 

Ludvine : Effectivement, Lisa, car après l’accession d’Arap Moi au pouvoir en 1978, les mesures antidémocratiques se succédèrent. Le président changea même la constitution en 1982 pour instituer un parti unique.

PHARE FM : Et son gouvernement a sombré dans la corruption, Ludvine.

Ludvine : Exact, Daniel Arap Moi aurait détourné un milliard de dollars de fonds publics au profit de sa famille. Surtout, il a poursuivi, fait torturer et éliminer des opposants politiques. Face à l’indignation nationale et internationale,  Arap Moi quitta le pouvoir en 2002. Plus tard, il demanda pardon pour les fautes commises.

PHARE FM : Et aujourd’hui Ludvine, à quels problèmes le Kénya est-il confronté?

Ludvine : Le terrorisme islamique est aussi une plaie. Bien que la liberté de religion soit garantie par le gouvernement, le Nord-Est du Kénya reste la cible des incursions des milices Al-Shabaab. Les chrétiens y sont persécutés, tués, les églises fermées. Al-Shabaab est un produit du conflit somalien. Le but du groupe est d’établir l’Etat Islamique dans la corne de l’Afrique et d’y faire appliquer les lois de la charia.

PHARE FM : Y-a-t-il d’autres groupes qui se mettent hors-la-loi?

Ludvine : Oui, les Masaïs, par exemple. Bien que depuis 2011 le Kénya interdise toute mutilation génétique féminine, ils considèrent l’excision comme partie intégrante de leur identité. De nombreux cas d’excision forcée sont signalés dans ces populations. On estime à 20% le taux de femmes encore excisées au Kénya.

PHARE FM : Reste à évoquer le dernier fléau en date qui s’est abattu sur le pays, Ludvine.

Ludvine : Vous parlez de l’invasion de sauterelles, Lisa. Des nuées allant jusqu’à 60 km de long et 40 de large dévastent les cultures, dévorant l’équivalent de la nourriture quotidienne de 80 millions de personnes. L’agriculture est le poumon de l’économie kényane. Le pays destine une partie des cultures à l’export et l’autre à sa consommation. Rappelons que le Kénya abrite 500 000 réfugiés du Sud Soudan et de la corne de l’Afrique.

PHARE FM : Récapitulons les 7 plaies : népotisme, corruption, conflits ethniques, impunité en matière de droits de l’homme, violence envers les femmes, terrorisme et catastrophes naturelles. Ludvine, voilà un tableau bien sombre…

Ludvine : Ce sont les défis à relever dans un futur proche. Mais Dieu merci, le Kénya possède aussi de formidables atouts : des parcs naturels, une population  jeune, une éducation constamment améliorée et une croissance économique estimée à plus de 6% pour 2020.