Grain de Sel ou Grain de Poivre ? du 20 janvier 2020 – Philippe Malidor – L’affaire Matzneff et le consentement

Grain de Sel ou Grain de Poivre ? du 20 janvier 2020 – Philippe Malidor – L’affaire Matzneff et le consentement
Grain de sel/poivre ?

 
 
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L’affaire Matzneff et le consentement

Ces dernières semaines, l’affaire Matzneff, l’homme qui aime la chair fraîche et qui s’en vante, pose un problème qui est le seul important : la fluctuation de nos mœurs.

PHARE FM : Philippe, vous souhaitez revenir sur l’affaire Gabriel Matzneff, cet écrivain qui se vante à longueur de livres d’avoir eu des relations sexuelles avec des mineurs garçons et filles, et parfois plusieurs à la fois, et cela sans avoir été inquiété jusqu’à la parution du livre de Vanessa Springora, Le consentement.

Chroniqueur : Oui, autrefois, on appelait ça de la débauche, sauf dans les milieux artistiques où, dans les années 70, les relations sexuelles entre adultes et mineur(e)s, bien qu’interdites par la loi, ne scandalisaient pas les beaux esprits. Il y a même eu des articles et des pétitions, signées par des gens comme Simone de Beauvoir ou le sieur Gabriel Matzneff, en faveur de la dépénalisation des relations sexuelles avec des mineurs, et cela dans des médias comme Le Monde mais aussi Libération qui s’en repentent ouvertement aujourd’hui. C’était l’époque où la liberté sexuelle servait de thérapie à tout.

PHARE FM : Mais dans la logique de ces gens, du moment qu’il n’y a pas viol, tout va bien.

Chroniqueur : C’est là qu’est le piège ! D’ailleurs, le titre du livre de Vanessa Springora est très éloquent : Le consentement. Quand on est une gamine de 14 ans adulée par un écrivain de 50 ans, si on a une éducation un peu libre, on consent – et elle a consenti. Mais la facture psychologique, elle, est bien là par la suite. C’est tout le sens de son livre.

PHARE FM : Mais aujourd’hui, on a compris que la pédophilie est un crime.

Chroniqueur : Oui, et tant mieux. Aujourd’hui, des gens comme André Gide, qui aimait bien les « éphèbes », seraient poursuivis. On pourrait également citer le neveu d’un certain président de la République, qui avait écrit avoir consommé des « garçons » dans des pays exotiques et qui s’en est sorti parce qu’il a prétendu que ses écrits n’étaient pas forcément autobiographiques… et qu’il porte un nom qui le protège. Mais pour le reste, aujourd’hui, tout est toléré dans tous les sens à une seule condition…

PHARE FM : Et vous allez nous dire laquelle…

Chroniqueur : Oui : que ce soit « entre adultes consentants ». Mais : 1) à partir de quel âge est-on sexuellement adulte ? Là-dessus, il y a débat. 2) Du fait qu’on est adultes consentants, est-ce à dire que tout se vaut et que rien n’a de conséquences sur les individus eux-mêmes, sur l’entourage, sur la société ? Je prends un simple exemple : la mode des couples échangistes, est-ce que c’est vraiment inoffensif ?…

PHARE FM : On va vous accuser d’être en faveur d’un ordre moral.

Chroniqueur : Ça, je ne sais pas. Mais en faveur de freins au désordre moral, oui ! Et je pense qu’on se moque beaucoup trop des morales traditionnelles, religieuses ou non ! Il n’y a jamais eu de société sans tabous sexuel… jusqu’aujourd’hui. Car si maintenant vous osez dire que toutes les sexualités ne sont pas équivalentes, vous tombez sous le coup de la loi (vous voyez que je suis obligé de parler à mot couverts). Et si vous enseignez aux adolescents qu’une relation sexuelle devrait au moins être sous-tendue par des sentiments forts et de préférence destinés a priori à durer, vous passez pour un ringard ou un catho intégriste.

PHARE FM : Comment voyez-vous l’avenir en matière d’éthique sexuelle ?

Chroniqueur : Eh bien je vous parie que tout ce qu’on vous présente comme évident et incritiquable aujourd’hui, par exemple d’avoir deux papas ou deux mamans, c’est-à-dire au minimum trois parents, cela sera fortement contesté dans 20 ou 30 ans – et là je ne parle pas de moralité, mais de structuration sociale en fonction de la sexualité. Je serai peut-être mort avant de voir cette remise en question, mais notez bien ce que j’annonce pour me rendre un hommage posthume s’il s’avère que j’ai raison !