Grain de Sel ou Grain de Poivre ? 5 juillet 2019 – Nicolas Ciarapica – Le temps de cerveau disponible : quand la technologie nous rend accro !

Grain de Sel ou Grain de Poivre ? 5 juillet 2019 – Nicolas Ciarapica – Le temps de cerveau disponible : quand la technologie nous rend accro !
Grain de sel/poivre ?

 
 
00:00 / 3:24
 
1X
 

Phare FM : Nicolas, on a fait la semaine passée un survol du livre de Bruno Patino, La civilisation du Poisson Rouge, qui nous montrait l’aspect pas du tout anodin de l’addiction contemporaine aux smartphones. Dans ce livre, sont abordées aussi quelques techniques de « mise en «esclavage» numérique…» Le terme est fort !

Chroniqueur : À juste titre, Sandrine. Les « sciences du comportement », théorisées par l’industrie du jeu, ont découvert que l’effet de surprise créait une sensation de satisfaction. L’espoir de gagner au jeu était une « carotte » suffisante pour créer l’addiction, et la « dopamine » en était la récompense. L’addiction au jeu, comme aux réseaux sociaux, est une dépendance que les acteurs de ce secteur économique exploitent. Alors quand Facebook met côte à côte le futile et le profond, le dérisoire et le sérieux, ou la possibilité de faire des rencontres déterminantes, il applique là une technique utilisée, Sandrine, dans les… « machines à sous » ! C’est comme si on tournait une roue imaginaire dans l’espoir de **gagner** quelque chose.

Phare FM : Il y a d’autres techniques employées, du côté de nos mails cette fois-ci.

Chroniqueur : Vous avez remarqué que s’abonner à certains services est très facile, mais en partir c’est parfois nettement plus compliqué, ou ça requiert d’envoyer un courrier papier. C’est un procédé fallacieux pour nous retenir, qu’on a baptisé du doux nom « d’hôtel des cafards ». Mais il y a plus vicieux : la technique du « bouton contrasté », ou de l’inversion des couleurs, Sandrine, qui relève du « brain hacking » – le piratage de notre cerveau. Sur certains sites, les propositions qui s’affichent sur l’écran mettent le choix le plus avantageux pour l’éditeur sur un bouton très visible, tandis que ce qui vous intéresse est, lui, moins visible, voire même parfois écrit en tout petit. 

Phare FM : Pour les services de livraison en ligne aussi, par exemple, on est poussé à choisir la plus chère, qui vous livre tout de suite… Et du côté des séries Nicolas ? Là aussi il y a une addiction qu’on reconnaît tous. 

Chroniqueur : L’effet « Zeigarnik », Sandrine, du nom de sa théoricienne, consiste à différer votre satisfaction. Le plaisir que vous éprouvez à regarder une série TV ne provient pas forcément de sa qualité artistique, mais de ce qu’on ne vous distille les éléments de l’intrigue qu’au compte-gouttes, à des moments précis dans la narration de chaque épisode. De cette façon, la frustration créée à dessein vous donne envie de connaître la suite, alors qu’on est en train de vous voler votre temps.

Phare FM : C’est assez pervers en effet ! Parlez-nous de la théorie de l’expérience optimale.

Chroniqueur : Cette théorie est utilisée dans les jeux, notamment sur smartphone,  pour vous aider à vous évader mentalement. L’expérience de jeu vous donne une impression d’effort, mais en réalité, tout est pratiquement automatique et vous n’avez pas besoin de vous concentrer. Et tous ces jeux, que vous retrouvez sur les réseaux sociaux, entre autres, engrangent des sommes faramineuses (sans qu’on sache trop comment d’ailleurs) en nous volant notre temps. 

Phare FM : Et là-dedans, il y a des choses vraiment dangereuses pour notre jeunesse Nicolas. 

Chroniqueur : En effet Sandrine, entre autres les fausses informations. Trois « biais cognitifs » sont utilisés pour nous manipuler. Le premier est le biais de confirmation : si une info est reprise partout, c’est qu’elle est vraie. Le second, c’est le biais de représentativité : si on donne des exemples, alors c’est vrai. Et le troisième et le plus évident Sandrine, c’est tout simplement le biais d’exposition : comme cette info est partout, je ne peux pas y échapper, alors, quelque part, je suis contraint d’y croire…

Phare FM : Soyons vigilants ! Merci Nicolas Ciarapica !