Grain de Poivre du 23 octobre – Philippe Malidor – Abus de silence, abus de pouvoir ?

Grain de Poivre du 23 octobre – Philippe Malidor – Abus de silence, abus de pouvoir ?
Grain de sel/poivre ?

 
 
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Notre chroniqueur revient sur les histoires de harcèlement à l’encontre des femmes, qui défraient en ce moment la chronique. Est-ce exagéré ?

 

 

Phare FM : Philippe, vous souhaitez nous parler des affaires de harcèlement, d’agressions ou d’abus sexuels à l’encontre des femmes dont on parle en ce moment.

Chroniqueur : Oui, ce réveil de la parole est d’autant plus curieux qu’on n’a pas observé de phénomène aussi ample quand DSK a défrayé la chronique avec l’histoire de la femme de chambre du Sofitel de Manhattan, ou encore avec les réseaux de call-girls que des amis activaient obligeamment pour lui à Lille, entre autres.

Phare FM : On nous présente cela comme un fait nouveau, mais ça ne l’est pas tant que ça…

Chroniqueur : Oui, et ces engouements médiatiques (auxquels je contribue présentement !) ont quelque chose de surfait. C’est comme si on découvrait que les obsédés sexuels qui ont du pouvoir financier, du pouvoir politique ou du pouvoir tout court peuvent lâcher la bride à leurs appétits démesurés, agressifs, obscènes, prédateurs. Des bêtes de sexe, il doit y en avoir dans le bas peuple. Mais ils n’ont ni l’influence ni les moyens financiers leur permettant de tyranniser sans limites des femmes qui les excitent. Peut-être vont-ils violer et tuer une joggeuse au coin d’un bois, où vont-ils se débrouiller « comme ils peuvent », sans faire de victimes…

Phare FM : Mais est-ce que vous trouvez critiquable le fait que les femmes agressées prennent la parole ?

Chroniqueur : Pas du tout. Et j’ai d’ailleurs trouvé ignoble l’agression de Christine Angot contre l’écologiste Sandrine Rousseau, qui présentait son livre où elle raconte l’agression sexuelle dont elle a été victime de la part de Denis Baupin. Tirer sur une ambulance avec autant de méchanceté, et en plus avec une argumentation totalement indéchiffrable, c’est nul. Sandrine Rousseau parle, écrit, et semble-t-il avec beaucoup de dignité. Ce qu’il faudrait, c’est qu’elle soit imitée, et aussi dignement que cela.

Phare FM : Et pourquoi ?

Chroniqueur : Pour une raison très simple qu’on apprend quand on milite pour les droits de l’homme (et donc de la femme) : les oppresseurs se nourrissent du silence des victimes, ou du silence complice de ceux qui savent qu’ils font des victimes. Encore faut-il dénoncer tout abus avec des preuves, des faits rigoureux ou qu’on peut croiser avec d’autres allégations.

Phare FM : Est-ce que ça vaut aussi dans d’autres domaines ?

Chroniqueur : Oui, par exemple dans les histoires de racket ou de harcèlement à l’école. Ainsi, une de mes amies est allée se plaindre du fait que deux gamins agressaient physiquement et verbalement son petit garçon ; elle a traité le problème tout de suite, et l’affaire est réglée. J’ai moi-même fait l’expérience pour un de mes fils. Il ne faut jamais oublier qu’un tyran, même un tyran en herbe, continuera de tyranniser s’il ne trouve personne en face de lui.

Phare FM : Cela vaut en matière sexuelle, évidemment.

Chroniqueur : Absolument. Et dès qu’une personne agressée peut coincer son agresseur, il faut qu’elle le fasse. Ce n’est pas toujours facile, car les prédateurs sont très doués pour exercer un chantage à l’avancement, à la carrière, à la réputation, etc. Mais le principe n°1, c’est que les agresseurs sexuels sont comme les vampires : ils n’aiment pas la lumière –la lumière qui est projetée sur leurs exactions. Alors, éclairez-les !