Grain de Poivre du 23 juin – Jean-Luc Gadreau – L’art subtil de la communication

Grain de Poivre du 23 juin – Jean-Luc Gadreau – L’art subtil de la communication
Grain de sel/poivre ?

 
 
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Notre chroniqueur reproche à notre époque un langage trop aseptisé, trop formaté… Au détriment d’une communication plus « sincère » et plus enrichissante selon lui. Explication.

 

Phare FM : On parle communication aujourd’hui ?

Chroniqueur : Oui et c’est un peu mon quotidien puisque je suis notamment chargé de communication pour la Fédération Baptiste de France.

Phare FM : Et malgré tout, la communication peut vous irriter semble-t-il ?

Chroniqueur : Tout à fait ! En particulier quand elle nous engage dans des voix liberticides. Alors je pousse le bouchon un peu loin avec ce terme, j’en ai bien conscience, mais c’est à dessein.

Phare FM : Alors qu’est ce qui vous dérange ?

Chroniqueur : Bon, je vais partir de l’actualité… et en France ce sont encore et toujours les élections, la politique… Enfin, c’est une actualité qui commence à s’installer hélas durablement ! Mais on va peut-être enfin voir le bout du tunnel…

On a entendu être reproché aux « p’tits bleus du macronisme » de ne pas avoir possédé les « éléments de langage ». Ce n’est pas de politique dont je vais parler mais de cette expression ou du moins de ce qu’elle évoque. Les « éléments de langage »… Derrière cette expression, il y a une façon de communiquer de plus en plus présente – au sein des partis politiques bien sûr, mais pas seulement… le monde de l’entreprise, le sport, les médias… un ami aumônier aux armées me disait aussi que c’était une spécialité militaire ! Ces éléments de langage, ce sont ces mots, expressions, parfois phrases élaborées, à dire, redire, rabâcher, qui sont des éléments décidés par des communicants qui ont forcément tout compris et qui savent comment dire les choses. Je précise que je suis ironique là pour ceux qui ne l’aurait pas décelé.

Phare FM : Qu’est ce que vous voulez pointer du doigt plus précisément ?

Chroniqueur : Cette aseptisation de l’expression, qui s’uniformise derrière un collectif. Ce n’est plus l’individu qui parle mais il devient un robot qui ressort bêtement ce qui a été programmé. Alors je parle de collectif… mais en fait ce n’est même pas vraiment ça, puisque derrière il y a toujours un ou quelques communicants qui ont décidé que les choses devaient être dite ainsi. Point à la ligne !

Phare FM : Mais cela ne repose-t-il pas sur une volonté de cohérence ou de contrôle d’une communication efficace ?

Chroniqueur : Oui… si on veut. Les pires choses partent souvent de très bons sentiments ! 

Il est normal de réfléchir ensemble pour transmettre une information qui concerne un groupe, mais de là à aller jusque à ce point, c’est terrible. Liberticide je disais… car c’est pour moi une façon de faire disparaître la pensée individuelle, même au sein d’un collectif. La réflexion personnelle et surtout une façon différente pour chacun de l’exprimer. Ça c’est une richesse ! En fonction de multiples paramètres, la même pensée commune peut s’exprimer différemment et toucher alors plus largement… au risque parfois de dire des bêtises, de déraper une peu, de voir la roue tourner… et alors on rectifie derrière, on corrige un peu et on continue. Moi je préfère la faille à l’uniformité, l’imperfection à l’apparente perfection, qui ne l’est justement jamais vraiment. Et d’ailleurs, c’est aussi ce que je comprends quand je lis la Bible et que je vois le regard de Dieu sur l’humanité. C’est avec nos défauts, nos erreurs, notre communication un peu capricieuse qu’Il nous aime et manifeste sa grâce tant nécessaire pour l’homme que je suis.