Grain de Poivre du 29 mai – Pascal Portoukalian – La polémique Hanouna

Grain de Poivre du 29 mai – Pascal Portoukalian – La polémique Hanouna
Grain de sel/poivre ?

 
 
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Elle agite en ce moment l’opinion publique et les médias, jusqu’au CSA auprès de qui de nombreuses plaintes ont été déposées. Pour notre chroniqueur, cette épisode reste malgré tout « anecdotique ». Explications.

 

Phare FM : Il y a une dizaine de jours en France, l’animateur télé Cyril Hanouna a fait un canular téléphonique dans lequel il campait une personne homosexuelle, avec des airs efféminés et sous un angle très caricatural. Les personnes concernées dénoncent un stéréotype, qui donne selon elles une image mauvaise et fausse de l’homosexualité. Quelles ont été les suites de cet événement, Pascal ?

Chroniqueur : S’en est suivi un véritable lynchage médiatique de l’animateur, en raison d’un comportement jugé « homophobe ». Les annonceurs se sont passé le mot : ils ont décidé qu’ils ne diffuseraient plus de spots publicitaires pendant cette émission. Autrement dit : ils font pression sur cet animateur et sur l’opinion publique pour dire que cette attitude était au-delà du tolérable. Le CSA – Conseil Supérieur de l’Audiovisuel – lui-même a reçu autant de plaintes pour cette affaire, qu’il en a reçu en 6 mois l’année dernière pour l’ensemble de l’activité audiovisuelle nationale ! 

Phare FM : Qu’est-ce que ce « lynchage médiatique » comme vous l’appelez, vous inspire, Pascal ?

Chroniqueur : Quand on voit le traitement médiatique infligé à cet animateur, on se dit que finalement, il faut faire très très attention lorsqu’on veut faire de l’humour, surtout lorsqu’elle implique une certaine catégorie de population. Entre les femmes – les femmes en général, et en particulier les blondes et les femmes au volant – les Noirs, les Arabes, les personnes handicapées, les Juifs, les Chrétiens, les vieux, les gros, les roux, les gauchers, les albinos, sans oublier les Ethiopiens, les Somaliens, les célibataires, les ados boutonneux, et les communistes, les agriculteurs, les culs-de-jatte, les prêtres, les prostituées, les épileptiques et tous ceux que j’oublie, ça fait un paquet de monde qui subit ou a subi des persécutions, des moqueries, des brimades injustement. Et pour tous ceux-là aussi, les caricatures peuvent faire du mal.

Phare FM : Alors si tout le monde peut être concerné par l’impact négatif d’une caricature, faut-il interdire de caricaturer, de se moquer ?

Chroniqueur : Le problème n’est pas que Cyril Hanouna ait fait un mauvais canular. Il en a fait d’autres. Nous dirons qu’il a une fois de plus eu une attitude exaspérante et irritante. La question de fond que ce sujet soulève, c’est pour quelle raison les téléspectateurs et les annonceurs ne s’indignent-ils pas de la même manière lorsque leur télé propose des programmes qui auraient au moins autant de bonnes raisons d’indigner ?

Quand nos enfants sont abreuvés de programmes, excusez-moi du terme, complètement abrutissant, personne ne vient tirer la sonnette d’alarme auprès du CSA ?

L’actualité mondiale regorge de données absolument capitales et stratégiques pour les équilibres économiques dans le monde, des populations sont massacrées ou mises en esclavage, mais dans le même temps, un journal télé chez nous pourrait sans problème consacrer la moitié de son programme à un match de foot. Qui s’indigne auprès du CSA pour cette disproportion frappante ? Est-ce que les annonceurs se retirent ? Au contraire, ils accourent !

Lorsqu’on voit des programmes tout à fait limites pour des enfants, à des heures où ils peuvent être devant les écrans, cela n’indigne pas les annonceurs ?

Lorsque l’infidélité est régulièrement valorisée dans telle ou telle émission, alors qu’on sait les ravages qu’elle fait dans les foyers, dans l’éducation des enfants, sur la santé psychologique des personnes trompées ; alors qu’on sait tous les impacts sociaux qui en découlent : est-ce que les annonceurs se lèvent tous ensemble pour dire que l’infidélité n’est pas une chose qu’ils veulent cautionner ?

Le crime, la vulgarité ou la paresse sont tous les jours mis en avant dans des séries, ou des émissions dites de divertissement, alors qu’ils peuvent élever en modèles des comportements qui vont nuire à la sécurité et à l’économie de la société. Quel annonceur publicitaire va retirer son soutien financier ? Qui va s’en plaindre auprès du CSA ? 

Phare FM : Donc pour vous, il s’agit d’un problème de cohérence ? Soit on dénonce tout, soit on se tait ?

Chroniqueur : Bien sûr que ce sketch est déplacé et que cet animateur aurait pu ne pas le faire. Tout comme d’ailleurs des centaines d’autres interventions détestables pourraient être évitées. Mais alors, poussons la cohérence jusqu’au bout. Soit on se tait comme on se tait devant tant d’autres sujets. Ou alors indignons-nous avec virulence pour tout ce qui mérite de l’être, saisissons le CSA, osons nous retirer si nous sommes annonceurs. Alors, nous pourrons espérer avoir plus de médias qui élèvent un peu le niveau de leurs spectateurs au lieu de trop souvent les tirer vers le bas. Nous pourrons avoir des animateurs qui ne font pas leur audience sur la bêtise et la moquerie mais sur du contenu qui réellement édifie la personne. Nous plébiscitons des émissions intellectuellement pauvres ? Ne nous étonnons pas de voir de temps en temps cette pauvreté intellectuelle nous sauter au visage !