Grain de Poivre du 24 mai – Eric Denimal – La Turquie n’est plus la bienvenue

Grain de Poivre du 24 mai – Eric Denimal – La Turquie n’est plus la bienvenue
Grain de sel/poivre ?

 
 
00:00 / 3:38
 
1X
 

La démocratie peut être un mot fragile… Notre chroniqueur nous parle de la Turquie, et des libertés « privilégiées » dont nous jouissons en Europe.

 

Phare FM : C’est de la Turquie dont nous allons parler. Une Turquie qui ne semble plus séduire les Européens.

Chroniqueur : C’est juste ; vous vous en souvenez sans doute ! Il y a de cela pas si longtemps, bon nombre de dirigeants européens étaient pour que la Turquie puisse entrer dans l’Union européenne. On disait alors ce pays, entre l’Europe et le Moyen-Orient, stratégique pour qu’une démocratisation à l’occidentale puisse s’installer dans les pays plutôt musulman. Il fallait aussi, disaient certains, promouvoir la démocratie qui s’imposait en Turquie et dans les pays qui lui ressemble.

Aujourd’hui, on constate qu’un président autoritaire a profité d’un coup d’état raté contre son régime pour imposer le sien – je parle de coup d’état.

Phare FM : C’est un retournement de situation grave !

Chroniqueur : En effet, sous prétexte de rétablir l’ordre dans son pays, le président Erdogan  a étouffé toutes les  oppositions et mis en prison le moindre dissident. Parfois l’éviction a été plus violente. L’état d’urgence est décrété depuis pas mal de mois et voilà que Erdogan vient de reprendre les rennes de son parti pour asseoir d’avantage encore son pouvoir et surtout, pour maintenir ce parti au dessus de toute manifestation ou expression politique dans le pays.

Normalement, un leader politique doit se retirer de la présidence de son parti dès son élection à la présidence, afin de devenir le président de toute la population.

Phare FM : C’est un principe qui s’est vérifié récemment en France, avant et après les dernières élections.

Chroniqueur : C’était vrai aussi en Turquie sauf que le gouvernement, inféodé à Erdogan, a imposé en avril dernier, une réforme constitutionnelle qui vise à permettre au président du pays à redevenir le chef de son parti. Et c’est ce qui vient de se produire dimanche dernier, à Ankara, lors d’un congrès exceptionnel qui s’est déroulé dans une mise en scène digne de la Corée du Nord.

Nous voyons sous nos yeux et à nos frontières naître une nouvelle dictature qui ne peut qu’inquiéter notre Europe bien fragile.

Phare FM : Vous semblez évoquer cette chronologie pour nous dire que les situations peuvent changer très rapidement dans n’importe quel pays !

Chroniqueur : Je voudrais en tout cas que nous puissions, au delà de toutes considérations ou analyses politiques et politiciennes, penser à la population turque qui est aujourd’hui prise en otage. Quand il n’est plus possible d’exprimer une opposition, quand on impose une pensée unique et qu’on efface progressivement mais surement tout avis ou positon divergente, on soumet un peuple tout entier à l’esclavage.

On pourra toujours continuer à promouvoir chez nous la démocratie et dire qu’elle est le moins pire des régimes – vous remarquerez que je n’ai pas dit le meilleur des régimes – il n’empêche qu’il est toujours possible, en 2017, d’écraser un peuple et de le soumettre à la dictature de quelques uns.

Les discours mensongers, les manipulations et sans doute quelques corruptions, font reculer les libertés, quelles soient de pensées, d’expressions, d’opinions politiques ou religieuses, et même de circulation.

Nous pensions que nous nous étions affranchis des régimes autoritaires et des dictateurs. Nous pensions que Staline, Hitler, Mussolini, Paul Pot ou Mao étaient morts et bien morts. Hélas, certaines espérances sont à court terme. Il y a 7 ans, on disait la Turquie en marche vers la démocratie à la française ! On s’est bien trompé !

Les libertés dont nous jouissons sont peut-être provisoires.