Grain de Poivre du 27 février – Pascal Portoukalian – Frères et soeurs

Grain de Poivre du 27 février – Pascal Portoukalian – Frères et soeurs
Grain de sel/poivre ?

 
 
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On entend souvent parler de « frères » et « sœurs » dans un cadre différent de celui de la famille à proprement parler, comme par exemple dans les églises, mais pas uniquement. Pourquoi ce terme ? Que signifie-t-il ?

 

Phare FM : Pascal Portoukalian, bonjour. Dans les églises, on peut désigner les autres comme ses “frères”, ses “soeurs”. C’est justifié ce terme ?

Chroniqueur : Oui, d’abord, le terme de frère et sœur n’est pas propre aux églises. Les francs-maçons se nomment entre eux « frères ». Dans les cités, on s’appelle couramment « frère » ou « frangin ». Ce terme figure aussi dans l’Islam. Et il rejoint aussi le vocabulaire des églises : les personnes qui se reconnaissent membres de la communauté des chrétiens s’appellent entre eux « frères » ou « sœurs ». Et on décline parfois le terme en « frère en Christ » ou « frère dans la foi ».

Phare FM : Alors qu’est-ce que cela signifie être frères dans l’église ?

Chroniqueur : Ca signifie d’abord que nous sommes enfants des mêmes parents, et en la circonstance, enfants du même Père, c’est-à-dire Dieu.

On ne choisit pas ses frères et sœurs. Que je le veuille ou non, mes frères et sœurs de sang font partie de ma famille. Et cela sera le cas jusqu’au bout de notre vie : c’est une donnée qui s’impose à nous. Suis-je toujours d’accord avec ma sœur de sang ? Pas du tout ! Y a-t-il déjà eu des étincelles entre nous ? Plus d’une fois ! Et pourtant, elle est ma sœur, je suis son frère. Et ce simple état de fait crée du relationnel entre nous. Tous les frères et sœurs ont un lien mutuel, même s’ils ne l’entretiennent pas, et même s’ils considèrent qu’il n’y en a plus.

Phare FM : Et en l’occurrence, dans une église, ils sont “variés” les frères et soeurs ! Ca fait une sacrée famille hétéroclite !

Chroniqueur : Dans toutes les églises, il y a des frères et sœurs qui sont plus compliqués à assumer que les autres. Vous savez, ces gens vers lesquels on n’aurait aucune raison d’aller spontanément. L’église est un vrai melting-pot de gens différents : de par les âges, les cultures, les conditions sociales, les parcours de vie, les situations familiales et professionnelles, et bien sûr les caractères. Et pourtant, tous ces gens se reconnaissent pour frères et sœurs, pour enfants du même Père. Et puis il y a la famille élargie : les frères et sœurs des églises d’à côté : ceux qui ne pensent pas tout à fait comme moi, qui ne s’adressent pas à Dieu exactement comme moi.

Phare FM : Qu’est-ce que ça permet d’avoir des “frères” et “sœurs” qui partagent la même foi ?

Chroniqueur : L’autre soir, en priant mes 3 enfants, l’un d’eux m’a dit « moi papa, je dis amen pour tout, sauf pour le moment où tu as dit « merci pour notre famille » « . Cette remarque a permis d’ouvrir une discussion sur la famille : qu’est-ce que c’est ? à quoi ça sert ? Et chacun de mes enfants s’est mis à réagir. Ils étaient tous les 3 d’accord sur un point : leurs frères et sœurs étaient nuls, pénibles, casse-pieds. En un mot : ils n’étaient pas comme ils voudraient, et surtout, ils n’étaient pas comme eux.

Phare FM : Alors s’ils sont si différents et si pénibles, à quoi servent-ils, ces frères et sœurs ?

Chroniqueur : La famille en général, et les frères et sœurs en particulier, donnent cette occasion de pouvoir rencontrer, dans un cadre commun, des personnes au contact desquelles on va apprendre une multitude de choses : écouter, confronter nos différences, défendre un avis, accepter d’avoir tort, laisser de la place pour l’autre, partager, constater que l’autre a des besoins différents de moi, et respecter cela. Ce que mes enfants apprennent au contact les uns des autres, c’est ce que les frères et sœurs des églises apprennent ensemble aussi. L’église, comme la famille, est un laboratoire de relations humaines. C’est un assemblage d’humains, imparfaits, qui grandissent au contact de l’autre, différent.

Phare FM : Alors dans le contexte de l’église, comment fait-on pour “tirer le meilleur parti” de ses “frères” et “sœurs” ?

Chroniqueur : Si je suis prêt à tenter l’expérience de rencontrer l’autre, de le découvrir, alors mon frère, ma sœur, va m’aider à grandir. Avant d’être quelqu’un qui doit me ressembler, il est d’abord celui qui va me permettre, dans un environnement commun, de passer de la théorie à la pratique. Il va me permettre de m’exercer à la pratique du pardon, de l’écoute, de la compassion. Considérer l’autre comme frère, c’est me donner une opportunité pour grandir, tout en donnant l’opportunité à l’autre de grandir, c’est un échange gagnant-gagnant.

Phare FM : Merci Pascal Portoukalian.