Grain de Poivre du 03 février – Jean-Yves Peter – 500ème anniversaire de la Réforme (partie 2)

Grain de Poivre du 03 février – Jean-Yves Peter – 500ème anniversaire de la Réforme (partie 2)
Grain de sel/poivre ?

 
 
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Contre qui a réellement protesté Martin Luther il y a 500 ans ? Réponse de Jean-Yves Peter !

 

Phare FM : On a commencé à l’aborder la semaine dernière avec vous JYP… Cette année, ce sont les 500 ans de la Réforme Protestante et c’est l’occasion de se pencher un peu sur ses origines, et quoi ça nous intéresse nous, maintenant ! De quoi vous allez nous parler aujourd’hui alors ?

Chroniqueur : Du premier principe du protestantisme, qui est bien sûr la protestation ! Mais pas n’importe quelle protestation. Une protestation qui nous concerne tous, mais pas forcément comme on le pense… Je m’explique. Est-ce que vous vous souvenez contre quoi, contre qui Martin Luther a protesté, il y a 500 ans ?

Phare FM : Contre l’Église catholique ?

Chroniqueur : Oui, mais on peut dire simplement : contre l’Église. Car il n’y avait qu’une seule Église – en tout  cas en  occident  – jusqu’en  1517, l’Église  catholique romaine.  C’est donc contre son Église que Martin Luther a protesté, son Église dont il ne voulait absolument pas la division, comme le pape François vient d’ailleurs de le souligner, à juste titre.

Phare FM : Qu’est-ce que cela signifie ?

Chroniqueur : Cela signifie que le protestantisme n’est pas une protestation contre les autres ou le monde entier… Le protestantisme, c’est l’Église qui proteste contre elle-même, contre sa tendance à se prendre pour Dieu à prendre la place de Dieu et en fin de compte à juger au lieu d’annoncer le pardon. Aucune Église n’est à l’abri de ce piège, à l’abri de la tentation du pouvoir. L’histoire ne l’a que trop montré. Le protestantisme n’est donc pas un principe d’accusation, mais d’autocritique… Exactement. En langage spirituel, on appelle cela la « repentance »…

Phare FM : Et ça, c’est valable aussi pour chaque chrétien..

Chroniqueur : Mais oui, et c’est pourquoi c’est pertinent aujourd’hui de se souvenir de Martin Luther : pour ne pas oublier de protester, sans cesse, contre nous-mêmes et cette furieuse tendance que nous avons tous, individus ou communautés, à avoir toujours raison, à estimer que Dieu est de notre côté, que nous détenons la vérité… À qui n’est-il jamais arrivé de juger quelqu’un, ou le monde entier, du haut de sa foi, de son idéal, ou simplement de sa haute idée de lui-même ? C’est l’orgueil religieux ou idéologique, et on connait ses méfaits…

Phare FM : Donc, quant on est protestant, finalement, On se méfie de son Église Jean-Yves?

Chroniqueur : Je n’irai pas jusque là, parce que l’Église, c’est d’abord les chrétiens eux-mêmes (…) ; mais Luther a rappelé qu’être chrétien, c’est clairement se confier en Jésus, et pas en l’Église. Et cette protestation dans l’Église envers l’Église est importante pour que l’Église reste au service de Dieu, de son amour offert à tous. Jésus n’est pas venu donner le pouvoir aux chrétiens sur le reste du monde, mais au contraire il charge les chrétiens, qui sont l’Église, de servir son amour pour le monde. Pour tout le monde.

Phare FM : Il faut peut-être rappeler que l’Eglise avec un grand E ce sont les chrétiens, tout simplement ! Ce que vous voulez dire c’est qu’on ne se confie pas en une organisation, en un schéma, qu’est l’église, mais en celui qui l’a crée, Jésus donc ! Et ce principe d’auto-protestation, il a apporté quelque chose à notre société ?

Chroniqueur : Oui, c’est quelque chose que nous vivons tout le temps – ce qui n’est d’ailleurs pas le cas dans le monde entier- et qui est indispensable à la liberté. Le protestantisme envers l’Église est le modèle  en  politique  de  l’opposition  envers  le  gouvernement :  un  principe  indispensable pour  que le gouvernement  ne  s’absolutise  pas  lui-même ; pour qu’il  reste  au service du peuple.