Grain de Poivre du 01 février – Eric Denimal – Auschwitz, le lourd silence

Grain de Poivre du 01 février – Eric Denimal – Auschwitz, le lourd silence
Grain de sel/poivre ?

 
 
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Daniel Riveaud, notre chroniqueur, revient sur l’une des pages les plus sombres de notre histoire. Pour lui, la leçon à en tirer est toujours d’actualité…

 

Phare FM : Vous nous avez rappelé qu’il y a 72 ans, le camp d’Auschwitz était libéré. Il n’y a pas eu beaucoup de commémorations mais vous avez eu envie d’évoquer cette sombre page de l’histoire avec nous ce matin…

Chroniqueur : En effet, il y a de moins en moins de personnes qui peuvent encore aujourd’hui témoigner de ce qu’elles ont vécu dans ce camp polonais voulu par Himmler dès 1940. Au total, 1 300 000 prisonniers sont arrivés à Auschwitz entre 1940 et 1945. Les premiers étaient des prisonniers de guerre soviétiques, mais très vite sont arrivés des juifs, des tziganes, des homosexuels, des résistants polonais. 1 100 000 y sont morts dont 1 million de juifs, rien que dans ce camp.

Phare FM : Ca fait froid dans le dos, Eric…

Chroniqueur : Tout à fait. Et les chiffres que je vais encore donner sont tout aussi effrayants. 75 % des personnes qui sont arrivées dans le camp étaient sélectionnées et directement envoyées à la mort dans des chambres à gaz. Auschwitz est le seul camp qui utilise le Zyklon B, gaz mortel plus efficace que le monoxyde de carbone utilisé dans les autres camps d’extermination.

25 % des arrivants au camp étaient orientés vers les travaux forcés en fonction de leurs capacités physiques. Les prisonniers étaient alors tatoués d’un numéro, marqués comme du bétail et envoyés dans des mines ou dans des usines qui avaient ainsi une main d’oeuvre bon marché. Parmi les entreprises allemandes qui profitaient de ces prisonniers, il y a des maisons comme Krupp et Siemens. Krupp est une entreprise disloquée en 1967 ; Siemens existe toujours et est cotée en bourse. L’espérance de vie de ces envoyés aux travaux forcés était de quatre mois en moyenne, moyenne qui tombe à un mois pour qui est envoyé dans les mines de charbon…

Phare FM : Ce n’est pas une espérance de vie, c’est plutôt un sursis…

Chroniqueur : Lorsque l’armée russe a découvert, en janvier 45, le camp d’Auschwitz, il n’y avait “plus que” 7000 prisonniers squelettiques. Quelques semaines plus tôt, Himmler avait donné l’ordre de déplacer de nombreux prisonniers dans ce que l’on appelait « la marche de la mort », en allant vers l’ouest.
Ce qui est important de dire, c’est que dès 1942, les Alliés savaient exactement ce qu’il en étaient du sort des juifs d’Europe. Des informations circulaient et des espions faisaient des rapports précis. Certains espions étaient reçus personnellement par Churchill et Roosevelt. On savait ! On savait, mais on n’a rien fait. Par exemple, ni l’Angleterre, ni les Etats-Unis n’ont ouvert leurs frontières aux juifs qui fuyaient l’Allemagne nazie ou les pays où ils étaient menacés. Pour ces deux pays, il y avait des quotas pour l’accueil des réfugiés. Aux US, les quotas avaient été fixés en 1924. Il aurait été possible, devant la situation nouvelle perceptible dès 1935, d’augmenter ces quotas. Cela n’a pas été fait !
Avant la déclaration de guerre en 1939, 37 000 juifs d’Allemagne avaient déjà quitté le pays, et un très faible pourcentage a été reçu aux USA. 50 000 sont arrivés en Palestine – souvent clandestinement – Or, en 1939, les anglais occupaient la Palestine et qu’ont-ils fait alors ? Ils avaient fermé les frontières aux Juifs. Durant la guerre, les anglais n’ont accueilli aucun juif en Palestine, au grand dam de Ben Gourions qui s’en est indigné et l’a dit haut et fort dès 1942, quand le sort des juifs européens a été scellé par la Solution Finale.

Phare FM : Et ça reste toujours aussi incompréhensible tout ça Eric…

Chroniqueur : Oui, tout cela est une bien triste histoire, peu glorieuse et dont on n’a pas trop envie de parler. Mais quand 75 ans plus tard, de nouvelles populations sont menacées de persécution et d’extermination, et qu’elles sont jetées sur les routes ou dans des camps de réfugiés, quand on parle de frontières à fermer, de quotas à accepter ou à refuser, peut-on simplement dire que c’est de l’histoire ancienne ? La complicité silencieuse d’hier est abjecte, mais hier semble s’être réinvité aujourd’hui. Conclusion ? Nous devons, absolument, apprendre de notre histoire pour ne pas qu’elle se répète.