Grain de Poivre du 23 janvier – Philippe Malidor – Le shit porte bien son nom

Grain de Poivre du 23 janvier – Philippe Malidor – Le shit porte bien son nom
Grain de sel/poivre ?

 
 
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Faut-il légaliser le cannabis ? Faut-il le dépénaliser ? Philippe Malidor y répond !

 

Phare FM : Philippe, vous avez été attentif aux débats sur la dépénalisation du cannabis, voire sur sa légalisation, comme ça s’est fait par endroits aux États-Unis. Où en êtes-vous de votre réflexion ?

Chroniqueur : Le 8 janvier, 150 Marseillais ont signé un Appel pour l’ouverture d’un débat sur la légalisation du cannabis. Parmi les signataires, il y avait 43 soignants, 13 enseignants, 6 élus (dont les députés socialistes Marie-Arlette Carlotti et Patrick Mennucci), 6 avocats et magistrats, et des artistes, des chefs d’entreprise, des éducateurs et même deux policières. Il serait d’ailleurs intéressant de savoir qui parmi eux n’a jamais consommé de shit…

Phare FM : Pourtant, personne ne va jusqu’à dire que le cannabis est bon pour la santé. Dans ce cas, quel est l’argument pour s’acheminer vers la dépénalisation ?

Chroniqueur : Il est hélas très simple, pour ne pas dire simpliste : comme le cannabis est source de trafics et de criminalité allant parfois jusqu’au meurtre, une fois qu’il sera légal, le trafic s’arrêtera. C’est pourquoi les signataires de l’Appel préconisent une légalisation régulée de la production, de la vente et de la consommation de cannabis.

Phare FM : Cet argument mérite peut-être d’être entendu ?

Chroniqueur : Comme vous dites : « entendu », oui, mais pas plus. Car, par définition, toutes les économies parallèles s’organisent autour de substances illégales, ou fortement taxées, ce qui est déjà le cas pour les cigarettes, le pastis, le whisky, etc. Donc, si l’herbe n’est plus illégale, que va-t-il se passer ? Le commerce illicite se reportera automatiquement sur autre chose, et forcément sur les drogues encore plus dures qui font déjà elles-mêmes l’objet d’un trafic. C’est absolument inévitable !

Phare FM : On parle aussi de l’argument sanitaire : on contrôlerait la distribution du produit.

Chroniqueur : Là aussi, on est en plein délire. C’est comme ceux qui veulent, dans les prisons, distribuer des seringues aux détenus toxicos pour qu’ils puissent se droguer proprement. On se demande pourquoi on ne distribuerait pas au prolétaire de bonnes bouteilles de Bordeaux pour le détourner de son gros rouge qui tache ! Au moins, il boirait un bon produit !

Phare FM : Mais quelle est la logique de tout ça ?

Chroniqueur : C’est une logique démissionnaire, très bien résumée par Arnaud Montebourg, qui est contre cette légalisation. D’une part, pour lui, tout ce qui peut restreindre les conduites addictives est bon pour la santé publique. « L’interdit est un message à adresser à une société », affirme Montebourg, et si l’État ne le fait pas, ajoute-t-il, il brouille le message adressé, par exemple, aux collégiens, à qui on dit de ne pas fumer des joints. Mais surtout, un argument que Montebourg a donné au cours du 2e débat de la Primaire de la Gauche, et qui n’a pas été repris dans les média, c’est celui-ci : On nous oppose l’argument selon lequel les autorités sont débordées ; mais si on devait légaliser tout ce sur quoi la police est débordée, alors jusqu’où irions-nous ? D’ailleurs, vous remarquerez que c’est avec la même logique comptable qu’on vient de faciliter exagérément le divorce.

Phare FM : On vous dira qu’il faut savoir s’adapter.

Chroniqueur : Oui, mais pourquoi les interdits sont-ils aussi contradictoires dans notre société ? D’un côté, on fait un véritable harcèlement sur les fumeurs de tabac (qui n’est pas un stupéfiant), et on s’apprête à légaliser le shit, qui est aussi toxique chimiquement et qui, en plus, modifie les états de conscience. Pour parler un langage religieux, c’est comme si vous disait : « Si vous ne pouvez pas vous en empêcher, péchez, pourvu que vous le fassiez de manière hygiénique ! » Eh bien moi, je suis reconnaissant aux gendarmes, qui, il y a une quinzaine d’années, ont donné un avertissement à mon fils qui avait fumé un joint avec des copains. Depuis, il ne fume rien du tout. Et c’est sans doute grâce à cet interdit qu’on lui a posé qu’il est en grande forme aujourd’hui.