Grain de Poivre du 16 janvier – Pascal Portoukalian – Tour Eiffel communicante

Grain de Poivre du 16 janvier – Pascal Portoukalian – Tour Eiffel communicante
Grain de sel/poivre ?

 
 
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Le soutien aux drames mondiaux via le principal monument emblématique français qu’est la Tour Eiffel, vous approuvez ? Que penser de cette forme de communication ? Pascal Portoukalian nous éclaire dans le GdP…

 

Chroniqueur : Avez-vous remarqué que la Tour Eiffel était souvent ces derniers temps allumée aux couleurs de tel ou tel pays ? On l’a allumée aux couleurs de l’Allemagne suite à l’attentat de Munich en juillet dernier. On l’avait déjà éclairée aux couleurs du drapeau belge suite à l’attentat de Bruxelles, et on s’était ému la semaine dernière de ne pas voir le drapeau israélien sur notre symbole national suite à l’attentat de Jérusalem. Notre pays a cependant essayé de se rattraper en projetant le lendemain l’Étoile de David sur la façade de la mairie de Paris.

Phare FM : Vous pensez que c’est une bonne chose que la France manifeste ainsi son soutien, de manière publique et visible, via l’un de ses principaux monuments emblématiques ?

Chroniqueur : On peut même se demander, Sandrine, si ce n’est pas une manière forte pour le pays de témoigner de ses valeurs humaines ! Eh bien, justement, les Français s’émeuvent de savoir pourquoi ces drames-là méritent ce geste public fort, alors que dans le même temps, d’autres drames de plus grande ampleur ne génèrent pas cet engagement affiché.
Ce n’est pas nouveau de voir la Tour Eiffel arborer les couleurs d’un pays ou d’une cause que la Nation veut soutenir. Mais cette multiplication des jeux de lumières ces derniers temps a de quoi poser question.

Phare FM : Quel genre de question ?

Chroniqueur : Ce que disent ces éclairages de la Tour Eiffel fait caisse de résonance avec ce qui est dit chaque fois qu’on ne fait rien. Chaque fois qu’on agit sur cet éclairage, on dit que les autres causes, les autres drames, méritaient mois, ou ne méritaient pas. Et je comprends que ça puisse générer de la frustration. En d’autre termes, on établit une hiérarchie, un classement des drames.

Phare FM : Est-ce qu’elle n’est pas inévitable cette hiérarchie ? On ne peut  pas allumer ou éteindre la Tour Eiffel à chaque fois qu’il se passe quelque chose dans ce monde…!

Chroniqueur : Et bien, dans nos vies à nous, la même problématique se pose. Est-ce que je deviens adhérent  de toutes les associations qui militent pour des causes auxquelles je crois ? Est-ce que je m’abonne à tous les magazines qui me plaisent ? Est-ce que je lis tous les livres écrits sur les sujets qui me passionnent ? Est-ce que, si j’en avais les moyens, j’irais visiter tous les lieux du monde qui présentent un intérêt ? Est-ce que je donne une pièce à tous les SDF que je croise ?

Phare FM : Donc la France, comme chacun, doit faire des choix, c’est ce que vous voulez nous dire ?

Chroniqueur : En 1953, Pierre Mendès-France écrivait : « Gouverner, c’est choisir, si difficiles que soient les choix. Choisir, cela ne veut pas dire forcément éliminer ceci ou cela, mais réduire ici et parfois augmenter ; en d’autres termes, fixer des rangs de priorité. »
Il est évident qu’on n’allumera pas ou n’éteindra pas la Tour Eiffel pour tous les drames qui existent de par le monde, sous peine d’en faire le plus grand stroboscope de la planète. Alors, il faut choisir. Et puisque choisir, c’est renoncer, alors il nous faut savoir à quoi on adhère et à quoi on renonce, pourquoi on y adhère et pourquoi on y renonce.
Nous sommes tous confrontés à des choix, que nous devons faire tous les jours, en permanence.
La France fait ses choix. J’en partage certains, je suis plus réservé sur d’autres. Mais ces choix impliquent nécessairement des frustrations. Ne nous étonnons pas qu’il y ait des renoncements, mais attachons-nous plutôt à faire une lecture objective et détachée des choses. Cela nous aidera certainement à mieux comprendre les messages que le pays veut faire passer. Essayons de lister les causes qui ont généré l’allumage de la Tour Eiffel. Voyons s’il ne s’agit objectivement que de marquer un soutien humain. Listons les peuples qui ont été publiquement soutenus, et notamment les relations géopolitiques qui nous unissent à eux. A n’en pas douter, on constatera qu’il n’y a pas que l’antenne plantée à son sommet qui fait de la Tour Eiffel une très grande communicante…