Grain de Poivre du 22 décembre – Éric Lemaitre – Le conflit syrien

Grain de Poivre du 22 décembre – Éric Lemaitre – Le conflit syrien
Grain de sel/poivre ?

 
 
00:00 / 4:59
 
1X
 

Le conflit syrien a déjà coûté la vie à plus de 200 000 personnes et conduit plusieurs millions de gens à fuir leur foyer. Ce matin, nous avons interrogé Éric Lemaitre  sur sa lecture d’un conflit qui a engendré un véritable désastre humain.

 

Éric Lemaitre, bonjour ! Vous êtes notre chroniqueur ce matin dans « Grain de Poivre ». Vous le disiez tout à l’heure, vous avez envie d’aborder ce matin le conflit syrien, et ce que vous dénoncez, c’est que les médias, en gros, se font un peu « mener ». Ils font une lecture partisane eux aussi, voire manichéenne, de ce qui est en train de se passer en ce moment en Syrie, et pour vous c’est pas aussi simple. Il n’y a pas d’un côté les bons, de l’autre côté les méchants. Les pompiers et les pyromanes partagent les mêmes responsabilités, ce sont les mots que vous avez utilisés tout à l’heure. Alors avant de vous interroger plus précisément sur la Syrie, on voulait avoir ce matin votre réaction à chaud concernant l’assassinat, ce lundi 19 décembre, de l’ambassadeur russe Andreï Karlov.  Cet assassinat ne risque-t-il pas selon vous, Éric, de raviver de nouvelles tensions entre les Russes et la Turquie ?

Rappelons, Sandrine, que le diplomate russe Andreï Karlov a été tué par le policier censé de le protéger. Cependant, notons que le Président russe Vladimir Poutine a souhaité immédiatement désamorcer le risque de nouvelles tensions internationales en indiquant que l’assassinat du diplomate ne devait en aucun cas entamer le processus de normalisation engagé avec la Turquie pour solutionner le conflit syrien.  Rappelons à nos auditeurs que la Russie est pourtant le principal allié du régime syrien, alors que la Turquie soutient, quant à elle, les rebelles qui cherchent à renverser le Président syrien Bachar al-Assad.  A l’issue de l’assassinat de l’ambassadeur, l’histoire aurait pu alors basculer dans la tragédie.

 

Alors, avec l’assassinat de ce diplomate russe, on relève à la fois toute la fragilité des équilibres internationaux et la complexité de ce qui se trame au Moyen-Orient et plus précisément en ce moment en Syrie. Quel regard portez-vous là-dessus, Éric ?

Le regard, qui est le mien, est tout simplement de souligner la complexité. Nous sommes en effet loin d’un monde binaire où les pompiers et les pyromanes pourraient partager les mêmes responsabilités. De façon simpliste, de nombreux médias nous donnent une lecture plutôt idéologisée de l’histoire contemporaine en découpant les Nations en deux catégories : d’une part les bons et de l’autre les méchants.

Mais en réalité le terme « complexe » est sans doute le mot le plus approprié pour lire l’histoire, et notamment ce qui se trame au Moyen-Orient. Nous pensons posséder toutes les modalités et grilles de lecture du conflit syrien, mais force est de constater que nous sommes incapables d’embrasser l’histoire, d’expliquer rationnellement le conflit syrien qui se tisse aujourd’hui et dont les opacités sont plurielles.

Le bassin du Moyen-Orient, la fameuse rive orientale de la Méditerranée, se caractérise par un ensemble de facteurs géopolitiques où interfèrent les crises multiples, les relations et alliances internationales, les religions, les cultures, les alliances et les intérêts des consortiums économiques, les blocs Est et Ouest et leurs différents alliés opposant également dans deux camps chiites et sunnites.

 

Pour préciser votre pensée, Éric, vous voulez dire que le conflit en Syrie n’aurait pas comme seule source la volonté du régime syrien dirigé par Bachar el-Assad de réprimer le « printemps arabe » qui a fait, rappelons le, plus de 200 000 morts ?

En réalité, l’une des sources du conflit est sans doute bien plus sordide, une histoire d’intérêts économiques touchant au transport de ressources énergétiques devant alimenter l’Europe via des pipelines. Ainsi, le pipeline du Qatar qui aurait dû transiter par la Turquie aurait donné aux royaumes sunnites du Golfe persique une domination sans partage. Or, le président Syrien Bachar el-Assad n’obtempéra pas, il refusa le pipeline du Qatar. Son obstination à ne pas trouver d’accord a été probablement l’une des origines du conflit actuel. Notre propos n’est pas ici de nous attarder sur toutes les origines de cette guerre meurtrière, et loin de nous l’idée de prendre parti dans ce conflit qui est un véritable désastre humain avec des centaines de milliers de victimes. Souvenons-nous seulement que le mal règne dans la ville d’Alep comme il règne en Syrie et en Irak, et ce mal n’a pas la figure que les médias occidentaux aimeraient lui donner. En réalité, une tyrannie se soulève contre la barbarie, et le tyran se fait barbare tandis que le barbare rêverait aussi d’être tyran.