Grain de Poivre du 06 décembre – Daniel Rivaud – Humain ou pas humain

Grain de Poivre du 06 décembre – Daniel Rivaud – Humain ou pas humain
Grain de sel/poivre ?

 
 
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Après avoir été validé par l’Assemblée Nationale, c’est au tour du Sénat de se prononcer le 8 décembre sur le délit d’entrave numérique à l’IVG. Pour Daniel Rivaud, notre chroniqueur, « c’est dommage qu’on ne puisse pas poser la question à l’embryon »… Écoutez ce qu’il en pense.

Phare FM : Comment se fait-il qu’aujourd’hui encore la question de l’avortement soulève encore autant de passion, d’un côté comme de l’autre ? Est-ce seulement une question idéologique ?

Chroniqueur : La vraie question qu’il faudrait se poser, c’est : « Qu’est-ce qu’un embryon ? Un amas de cellules ou une personne humaine ? » Des questions légitimes qui se posent sans se croiser ni se rencontrer quand elles ne s’opposent pas, confisquées en France par les mouvements féministes, depuis la dépénalisation de l’avortement en 1974, laquelle refuse, de fait, à l’embryon un statut propre en le réduisant à quelques cellules anodines. 

Dix ans plus tard, en 1984, le Comité Consultatif National d’Éthique est intervenu pour tenter de remédier à ce vide statutaire et à proposer de définir l’embryon par le concept de « personne humaine potentielle ». Selon le CCNE, « cette qualification constitue un fondement du respect qui lui est dû ».

Ainsi, aujourd’hui, un être peut bénéficier d’une protection juridique sans être nécessairement reconnu comme personne juridique. Ce fut le cas autrefois des esclaves et aujourd’hui des embryons humains qui, par exemple en droit italien, sont qualifiés de sujets sans être reconnus comme des personnes.

Comme au temps de l’esclavage, il faut bien réaliser qu’au-delà des questions idéologiques, il y a des enjeux financiers énormes. Une bonne partie de la recherche et des travaux en bioéthique se fondent aujourd’hui sur l’utilisation de cette réserve inépuisable et… gratuite.

L’embryon, à la manière du cadavre, n’est pas totalement une personne, mais on nous dira qu’il mérite un certain respect humain, même si celui-ci sera apprécié variablement selon la volonté politique du moment.

Phare FM : Et dans les autres pays européen, qu’en est-il ?

Chroniqueur : Les législations nationales se prononcent variablement sur la nature de l’embryon humain, si bien qu’une femme enceinte circulant en Europe porte en elle tantôt un être humain sujet de droits, tantôt une « chose » indéfinie, au gré des frontières traversées.

Cela étant, à la complexité de la double nature de l’embryon (biologique et morale) s’ajoute celle des distinctions juridiques. À l’égard de l’embryon et du fœtus humains, le droit distingue entre personne humaine et juridique, et dissocie la protection juridique, en particulier du droit à la vie, de la qualité de personne juridique. On pourrait penser que toute personne humaine est une personne juridique et bénéficie immédiatement du droit à la vie. Mais ce n’est pas le cas, ou plutôt, ce n’est plus le cas !

Phare FM : On peut comprendre qu’au niveau du politique, les choses soient peu claires, mais qu’en est-il au niveau du droit ?

Chroniqueur : Toujours au niveau européen, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, estime pour sa part qu’il n’existe aucun consensus européen non seulement sur la définition juridique (ce qui est vrai), mais aussi scientifique (ce qui est faux) « des débuts de la vie », mais que l’on peut néanmoins « trouver comme dénominateur commun aux États l’appartenance (des embryons) à l’espèce humaine ». La Cour ajoute que c’est « la potentialité de cet être et sa capacité à devenir une personne qui doivent être protégées au nom de la dignité humaine ».

En conséquence, la Cour juge que « le point de départ du droit à la vie relève de la marge d’appréciation des États, de sorte qu’il est impossible de répondre à la question de savoir si l’enfant à naître est une “personne” au sens de la Convention ».

En renvoyant aux autorités nationales la détermination de la qualité de l’embryon, la Cour de Strasbourg adopte le point de vue que cette question serait de nature politique et non pas juridique. Mais le politique n’est pas mieux placé que le droit pour dire ce qu’est l’embryon humain : en 1979, l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe reconnaissait « les droits de chaque enfant à la vie dès le moment de sa conception ». En 2008, cette même Assemblée promouvait l’avortement. Les assemblées législatives et les juridictions sont davantage des lieux de confrontation de volontés que les oracles du vrai et du juste.

Phare FM : Mais alors, humain ou pas humain ?

Chroniqueur : Si nous, êtres humains, doutons de nous-mêmes et ignorons ce qui fait notre nature d’homme, la volonté de puissance à l’œuvre dans la société ne peut qu’exploiter cette ignorance, mais certainement pas la résorber.

Des siècles avant notre ère, le roi David disait dans le Psaume 139, versets 15 et 16 : « … Mon corps n’était point caché devant toi, lorsque j’ai été fait dans un lieu secret, tissé dans les profondeurs de la terre. Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient ; et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui m’étaient destinés, avant qu’aucun d’eux existât. »

Car, pour finir, n’est-ce pas là la clé de toute cette réflexion ?