Grain de Poivre du 14 novembre – Daniel Rivaud – La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme remaniée ?

L’article 6, qui touche aux questions d’euthanasie et d’avortement, est en passe d’être modifié… Réaction de notre chroniqueur.

 

Phare FM : Bonjour Daniel ! Alors, vous nous le disiez en introduction, les travaux actuels du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU prennent une direction inattendue en voulant remettre en cause l’un des socles de la Déclaration universelle. De quoi s’agit-il exactement ?

Chroniqueur : Tout le monde a déjà entendu parler de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948 à Paris. Même s’il n’a pas de portée juridique en tant que tel Sandrine, ce texte a la valeur d’une proclamation de droits reconnue aujourd’hui par tous les pays démocratiques dans le monde. Seuls quelques pays comme certains pays musulmans ou totalitaires n’y adhèrent pas.

Phare FM : Alors Daniel, qu’est-ce qu’on essaie de remettre en cause aujourd’hui ?

Chroniqueur : Ce sont, Sandrine, les travaux du Comité des droits de l’homme, qui est chargé du contrôle de l’application du Pacte relatif aux droits civils et politiques qui met en œuvre la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Depuis plusieurs mois, ce comité s’est attaqué à l’article 6 du Pacte, selon lequel : « Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Ce droit doit être protégé par la loi. Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie ».

Phare FM : On imagine que ça peut déranger les pays qui ont légalisé l’avortement ou encore l’euthanasie, ou qui s’apprêtent à le faire… C’est bien ça Daniel ?

Chroniqueur : En effet Sandrine ! Car après avoir rappelé qu’il « s’agit du droit suprême auquel aucune dérogation n’est autorisée, même dans les situations de conflit armé et autres situations de danger public exceptionnel », le projet énonce deux paragraphes incitant, voire obligeant, les États à légaliser l’avortement et l’euthanasie, comme s’il s’agissait de droits au titre de l’article 6. Ceci est évidemment contraire à l’intention des auteurs de la Déclaration universelle et du Pacte. Avortement et euthanasie, qui avaient été pratiqués à grande échelle par les nazis, et étaient reconnus comme des crimes en 1948. C’est également contraire au droit international. Aucun traité international ne considère l’avortement comme un droit, au contraire !

Phare FM : Mais alors Daniel, quel est l’enjeu de tout cela ?

Chroniqueur : Tout simplement, si j’ose dire Sandrine, remettre en cause les fondements mêmes de notre société. Cela signifierait que le droit à la vie ne serait plus « inhérent à la personne humaine », comme le dit l’article 6, mais dépendrait de critères subjectifs comme le désir d’autrui ou l’appréciation de l’intéressé, de son entourage ou de la société sur la valeur de sa vie, en fonction de sa qualité de vie ou de son degré de participation à la vie sociale. Si le projet d’observation générale était adopté en l’état, cela saperait tout l’édifice de protection des Droits de l’Homme construit depuis la Seconde Guerre mondiale en réaction contre la barbarie nazie. Rien que ça. Je ne peux m’empêcher de penser à ce passage dans la Bible qui dit : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, et qui changent la lumière en ténèbres. » Ça reste complètement d’actualité Sandrine ! Mais qu’allons-nous en faire ? Car après tout, nous sommes tous concernés